PDA

Voir la version complète : Généalogie des Berbères d'après Ibn Khaldoun


izmnaari
04/09/2003, 10h23
Généalogie des Berbères selon Ibn Khaldoun

(compilé par E. M. Albarnossé) ©



1. Les Berbères Branès



1. Barrnass (Barrnas, Barrnoss, Barrnos, Barnos), ancêtre éponyme des Branès avait selon les auteurs sept ou dix enfants :

1.1 Esdaj dont la descendance est Esdaja.

1.2 Masmod dont la descendance est Masmoda.

1.3 Awrab dont la descendance est Awraba.

1.4 Ujjis dont la descendance est Ujjissa.

1.5 Ktam dont la descendance est Ketama.

1.6 Sinhaj (Senag) dont la descendance est Sanhaja.

1.7 Awrigh dont la descendance est Awrigha ; il est aussi le père des Hawwara.

1.8 Lamt dont la descendance est Lamta et sont des frères de Sanhaja et Hawwara.

1.9 Haskor dont la descendance est Haskora.

1.10 Kzoul (Gzoul) dont la descendance est Kzoula (Gzoula).



Les branches de ces tribus avaient joué des rôles historiques importants et marqué le passé de l'Afrique et de la Méditerranée en général. Les branches les plus importantes retenues par les généalogistes font l'objet de l'exposé suivant :



1.2 Masmoda (Maroc)

1.2.1 Barghwata (Maroc atlantique compris grossièrement entre l’Oued Bou Regreg et l’Oued Tensift)

1.2.2 Rhomara (Rif occidental et central)

1.2.2.1 Banou Hamid

1.2.2.2 Mtiwa

1.2.2.3 Banou Nal

1.2.2.4 Aghsawa

1.2.2.5 Banou Ouzarwal

1.2.2.6 Majkassa

1.2.3 Ahl Jabal Darn



Ibn Khaldun désignait les montagnes de l'Atlas par Darn et signalait qu'elles s'étendent du Maroc (sud d'Asafa, Safi) jusqu'en Tripolitaine.



1.3 Awraba (s’étendait dans le sens Ouest/Est du Pré-Rif jusqu’en Numidie)

1.3.1 Bejaya

1.3.2 Nefassa

1.3.3 Na-ja

1.3.4 Zahkouja

1.3.5 Mezyata

1.3.6 Rghiwa

1.3.7 Da-y-kousse



1.5 Ketama (s’étendait du Rif central jusqu’en Numidie)

Comme les Ketama et les Awraba sont frères, les territoires qu’ils occupaient se jouxtaient.

1.5.1 Ghorsene

1.5.1.1 Mossala

1.5.1.2 Ayane

1.5.1.2.1 Malloussa

1.5.1.3 Qallane

1.5.1.4 Yantassem

1.5.1.4.1 Awfasse

1.5.1.4.2 Ghasmane

1.5.1.4.3 Ijjana

1.5.1.5 M-aad

1.5.1.6 Yannawa

1.5.1.6.1 Lahissa

1.5.1.6.2 Jamila

1.5.1.6.3 Massalta

1.5.2 Yassouda (Banou Bassouda)

1.5.2.1 Fellassa

1.5.2.2 Dinhaja

1.5.2.3 Matwassa

1.5.2.4 Warsine

1.5.3 Banou Yastitine

1.5.4 Hachta-y-na

1.5.5 Msala

1.5.6 Béni Qansila

1.5.7 Zouwawa



1.6 Sanhaja (s’étendait des montagnes de l’Atlas jusqu’au fleuve Sénégal dont le nom provient de l’altération du vrai nom de Senag, fils de Barnos)

1.6.1 Talkana (Talkata)

1.6.2 Anjfa

1.6.3 Charta

1.6.4 Lamtouna

1.6.5 Massoufa

1.6.6 Kaddala (Gaddala)

1.6.7 Mandala

1.6.8 Banou Warit

1.6.9 Banou Yaltissine



1.7 Awrigha

1.7.1 Hawwara (s’étendait du Maroc jusqu’en Tripolitaine et la région sahelo-soudanaise)

Les montagnes du Hoggar portent toujours le nom de leur ancêtre éponyme Hawwar devenu d’après Ibn Khaldun Hoggar.

1.7.1.1 Eddassa

1.7.1.2 Safra

1.7.1.3 Endara

1.7.1.4 Hanzola

1.7.1.5 Dhari-ya

1.7.1.6 Hadagha

1.7.1.7 Awta-y-ta

1.7.1.8 Taghala (Taghla)



Le groupe Eddassa est considéré comme berbère Botr, mais comme Awrigh fils de Barnos s'est marié avec la mère d'Eddassa, ce dernier a fondu dans l'ensemble. Eddassa est le fils de Zahhik fils de Madaghis (Badaghis), ancêtre éponyme des Botr.



1.8 Lamta

1.8.1 Zakan

1.8.2 Lakhasse



Zakan et Lakhasse sont frères de Sanhaj et de Hawwar.



1.9 Haskora (les montagnes du Darn, Atlas et Rif oriental)

1.9.1 Mastawa

1.9.2 Ajrama

1.9.3 Fatwaka

1.9.4 Zamrawa

1.9.5 Antifite

1.9.6 Banou Neffal

1.9.7 Banou Roskounte





2. Les Berbères Madaghis



Les généalogistes et les historiens avaient rejeté les énoncés qui faisaient de ce groupe un groupe ethnique d'origine arabe remontant à une conquête fictive qu'aurait menée un roi du nom d'Africuch. La nature artificielle de l'histoire apparaît au même titre que le nom de ce roi qui rappelle étrangement le nom de l'Afrique et qui, par métathèse, donne le nom de Qoraïch la fameuse tribu arabe. Les ancêtres de Madaghis ou Badaghis semblent être issu du terroir africain comme le montre la consonance des noms berbères.

En écartant les fausses généalogies qui les rattachent aux Arabes, signalons celle qui les rattache à Ham, fils de Noé. Les Zénètes sont les fils de Chana (Jana) ben Yahya ben Solate ben Warsak ben Dhari ben Maqbo ben Qarwal ben Yamla ben Madaghis ben Zajik ben Hamarhaq ben Krad (Grad) ben Mazigh ben Harik ben Barra ben Barbar ben Kan-ane ben Ham. Le patriarche des Zenata prétend, quant à lui, que ces derniers descendent directement de Barnos et ce, d’après Ibn Khaldun.



2.1 Louwa le Grand

2.1.1 Nefzawa (Banou Nafza formé à partir de Nafzaou, fils de Louwa le Grand)

2.1.1.1 Banou Yattofene (d’après Tattofte)

2.1.1.1.1 Walhassa (d’après Walhas)

2.1.1.1.1.1 Bazghache

2.1.1.1.1.2 Dihaya (Dihya)

2.1.1.1.1.3 Laqos

2.1.1.1.1.4 Makra

2.1.1.1.1.5 Waratbounte

2.1.1.1.1.6 Tarire

2.1.1.1.1.7 Wartrine

2.1.1.1.2 Ghassassa

2.1.1.1.3 Zahla

2.1.1.1.4 Sumata

2.1.1.1.5 Oursife

2.1.1.1.6 Zatima

2.1.1.1.7 Warkol

2.1.1.1.8 Marnissa

2.1.1.1.9 Wardghros

2.1.1.1.10 Wardine

2.1.1.1.11 Majar

2.1.1.1.12 Maklata

2.1.2 Louwa le Petit

2.1.2.1 Akouza (Agouza)

2.1.2.2 Atroza

2.1.2.3 Zayer

2.1.2.3.1 Mzata

2.1.2.4 Banou Katof (Gatof)

2.1.2.4.1 Maghana (Maghna)

2.1.2.4.2 Jdana

2.1.2.5 Banou Nitate

2.1.2.5.1 Sedrata

Ce groupe fut absorbé par les Maghrawa après le mariage de leur mère avec Maghrao.



2.2 Zahhik

2.2.1 Tamsite

2.2.1.1 Fatine (connu sous le nom de Dharsiya)

2.1.1.1.1 Matmata (Maskab surnommé Matmat)

2.1.1.1.1.1 Waranchete

2.1.1.1.1.2 Louwa

2.1.1.1.1.2.1 Warmaksene (Warmas)

2.1.1.1.1.2.2 Yellaghef

2.1.1.1.1.2.3 Waryakol (Waryagol)

2.1.1.1.1.2.4 Yelissene

2.1.1.1.2 Koumya (Goumya)

2.1.1.1.2.1 Nadroma

2.1.1.1.2.2 Sagh-ghara

2.1.1.1.2.3 Banou Yelloul

2.1.1.1.3 Lamaya (Lmaya, vivait au Maghreb central à l’orée du Sahara)

2.1.1.1.3.1 Banou Wazkoufa (Wazgoufa)

2.1.1.1.3.2 Mziza

2.1.1.1.3.3 Banou Madnine

2.1.1.1.4 Mtaghra (Mdaghra ?)

2.1.1.1.5 Marina (Mrina)

2.1.1.1.6 Maghila (vivait dans le Chelif et Mzouna au Maghreb central)

2.1.1.1.6.1 Douna

2.1.1.1.6.2 Kachtata

2.1.1.1.6.3 Malzouza

2.1.1.1.7 Makzouza (Magzouza)

2.1.1.1.8 Kachata

2.1.1.1.9 Dona

2.1.1.1.10 Mad-youna

2.2.2 Banou Yahya

2.2.2.1 Warstaf

2.2.2.1.1 Maknassa

Taza, Tsoul, Plaine de Guercif, Bassin de la Moulouya aussi bien le Rif que le Moyen et Haut Atlas orientaux.

2.2.2.1.1.1 Raflabesse

2.2.2.1.1.2 Harate

2.2.2.1.1.3 Mwalate

2.2.2.1.1.4 Wartifa

2.2.2.1.1.5 Wardoussen

2.2.2.1.1.6 Taflite

2.2.2.1.1.7 Mansara

2.2.2.1.1.8 Wanfalta

2.2.2.1.1.9 Qansara

2.2.2.1.1.10 Banou Waridous

2.2.2.1.1.11 Solate

2.2.2.1.1.12 Banou Hawwate

2.2.2.1.1.13 Banou Warfelasse

2.2.2.1.2 Awkana

2.2.2.1.2.1 Foughal

2.2.2.1.2.2 Jarine (Tortine)

2.2.2.1.2.3 Boulaline (Toulaline)

2.2.2.1.2.4 Tadine (Tarine)

2.2.2.1.2.5 Yastilene

2.2.2.1.3 Wartnaj

2.2.2.1.3.1 Foulal

2.2.2.1.3.2 Hnata

2.2.2.1.3.3 Sedraja

2.2.2.1.3.4 Garnita

2.2.2.1.3.5 Btalsa (Mtalsa)

2.2.2.1.3.6 Mkansa

2.2.2.2 Samkane

2.2.2.2.1 Zwagha

2.2.2.2.1.1 Dommar (Banou Simkane)

2.2.2.2.1.2 Zahhik (Banou Watil)

2.2.2.2.1.3 Ta-y-foune (Banou Makhir)

2.2.2.2.2 Zwawa (vivait dans la région de Bjaya parmi les Ketama et les Sanhaja, fils de Barnos)

2.2.2.2.2.1 Banou Majasta (Mjasta)

2.2.2.2.2.2 Banou Mala-y-Kach (Mlay-Kach)

2.2.2.2.2.3 Banou Koufi

2.2.2.2.2.4 Machdala

2.2.2.2.2.5 Banou Zourikif (Zrikif)

2.2.2.2.2.6 Gersfina

2.2.2.2.2.7 Wazlaja

2.2.2.2.2.8 Khoja

2.2.2.2.2.9 Ziklawa (Ziglawa)

2.2.2.2.2.10 Banou Mrana

2.2.2.2.2.11 Banou Kozite (Gozite)

2.2.2.2.2.12 Banou Mlikech

Toutes ces tribus antiques avaient une descendance comtemporaine à Ibn Khaldun et qui est constituée par les tribus Zwawa suivantes :

Banou Manklate, Yatroune, Mani, Boughadrane, Yatouragh, Youssef, Absi, Choa-y-b, Sadaqa, Ghobrine et Kachtola.

2.2.2.3 Ajana

2.2.2.4 Zenata

2.2.2.4.1 Wadlik (Walad Warsik)

2.2.2.4.1.1 Massara

2.2.2.4.1.2 Tajarte

2.2.2.4.1.3 Rassine

2.2.2.4.2 Farmi

2.2.2.4.2.1 Yazmartene

2.2.2.4.2.2 Mranjissa

2.2.2.4.2.3 Warkla (Wargla)

2.2.2.4.2.4 Namala

2.2.2.4.2.5 Sbarta

2.2.2.4.3 Eddirte

Eddirte avait un enfant Jrao d’où la tribu Jrawa dont certains subdivisent en Banou Wadrene et Banou Warsik. À noter que la Berbère Dihya surnommée Alkahina, la sorcière, par les Arabes était une princesse des Jrawa.

2.2.2.4.3.1 Dhammar

2.2.2.4.3.1.1 Gharzoul

2.2.2.4.3.1.2 Lqora

2.2.2.4.3.1.3 Wartatine

2.2.2.4.3.1.4 Berzal

2.2.2.4.3.1.5 Yassadrine

2.2.2.4.3.1.6 Saghmane

2.2.2.4.3.1.7 Yettofete

2.2.2.4.3.2 Zakya

2.2.2.4.3.2.1 Banou Maghrao (Maghrawa)

2.2.2.4.3.2.2 Banou Yafrene

2.2.2.4.3.2.3 Banou Wassine

2.2.2.4.3.2.4 Masra

2.2.2.4.3.2.5 Yafrane

2.2.2.4.3.2.6 Masine

2.2.2.4.3.3 Ancha (Banou Anch)

Les descendances des enfants de Barnos (ou Barrnass) ont pratiquement occupé tout le nord de l'Afrique depuis la nuit des temps. Le littoral et surtout les ports ont été occupés par les Phéniciens, les Doriens, les Carthaginois, les Romains puis les Vandales et les Wisigoths. Ces peuples avaient toujours respectes les royaumes situés à l'intérieur des terres.
La conquête arabe qui fut une conquête terrestre et non maritime apporta des bouleversements jusque-là inconnus et changea le jeu politique qui a marqué jusqu'alors la stabilité ethnique des Berbères. Les Arabes apportèrent avec eux l'Islam, ses idéologies (chiite, kharidjite) et ses dynasties (ommeyyade, abbasside).
Les Berbères allaient choisir de s'allier et de se battre pour leurs idées. Des combats conduisaient aux victoires des uns et aux défaites des autres et surtout à la mobilité des ethnies tribales qui allaient s'imbriquer les unes dans les autres géographiquement et ethniquement.
Dans chaque pays du nord de l'Afrique, la mosaïque ethnique des Berbères rappelle jusqu'à aujourd'hui leur appartenance à un ancêtre commun qui, s'il n’était pas Barnos, il serait Amazigh, ancêtre éponyme de tous les Berbères.

© ISBN 4-901110-00-4 C0039 (1998)

Lahcen
04/09/2003, 10h54
azul

merci ayourabdou pour ses infos, trés interessant

j ai cherché un peu si je connaissai des tribu de la liste mais pas grand chose j'avoue ma culture dans le domaine n'est pas au top

seulement je voulais savoir une chose:

est ce que qlq un sai si 1.2.2.5 Banou Ouzarwal à un rapport avec tazrwalte prés de tafraout la ou descend le chieck sidi hmad ou moussa

izmnaari
04/09/2003, 21h45
azul Lahcen,
voici la réponse qu'un ami dont le pseudo est "Ouday" m' a donné....
Il y a sûrement un lien puisque les Masmoudas (personne ne sait d'où vient ce nom, d'Amizmiz ?) étaient localisés dans cetterégion.

La différence c'est que Sidi Ahmed Ou Moussa était dans une région qui s'appelait Tazeroualt mais sa tribu c'était Ida Ougnidif (je pense). Peut-être que le nom de lieu était lié à l'ancienne tribu ?
Ajoutons ceci, que Sidi Hmad Ou Moussa était une Zaouïa qui avait pour objectif la formation et la préparation des Moudjahiddines pour la lutte contre les colonies côtières Portugaises et Espagnoles

Rose
04/09/2003, 22h02
Bonsoir Lahcen et Ayour
Merci ayour pour ton cour de généalogie mon père a déja prononcé les nom de Sidi Hamd oumoussa
Amizmiz Le nom de Bouaboud déja cité aussi sur le forum, je sais qu'a Bouaboud il y une ancienne prison ou les colons enfermaient les résistants marocains je crois que cette prison est en ruine la généalogie plus l'histoire pour moi c'est une sorte de pezeul :-? :-? :-?

Lahcen
13/03/2005, 13h17
Ibn Khaldoun revisité


La nouvelle traduction d'Ibn Khaldoun est sans doute un événement. Mais pour un fait de cette nature, une retraduction n'importe qu'à la condition d'enrichir et de faciliter notre connaissance de l'auteur, de son œuvre et de son interprétation. C'est chose faite.
Pour le lecteur francophone, le but est largement atteint et la condition remplie. Le spécialiste friand de données philologiques, biographiques et bibliographiques n'est pas en reste. Il ne sera pas déçu de voir rattrapées et comblées des lacunes dont avaient pâti les traductions précédentes et combien d'éditions antérieures ! L'homme de culture et le lecteur simplement curieux y trouveront certainement leur bonheur.



Ils se délecteront à parcourir un texte plus moderne que celui du baron de Slane, plus scrupuleux que celui de Vincent Monteil, réalisé sur une base critique plus large, instruite des travaux menés par Quatremère, Al-Hourînî, Bentaouite-at-Tangî, sans oublier la contribution de Franz Rosenthal ni les grandes interprétations de la pensée khaldounienne, comme celle de Mouhsin Mahdi, pour n'en citer qu'une parmi tant d'autres !

Ce sont donc ces qualités que rehausse, consacre et couronne l'accueil d'Ibn Khaldoun dans la prestigieuse collection de la Pléiade. Cette constellation savante et littéraire s'enrichit avec les fameux Prolégomènes. Elle conforte sa vocation avec le nom de celui qui fut à la fois notre Hérodote et notre Thycidide et dont l'œuvre demeure le joyau d'un patrimoine d'intérêt universel.

A vrai dire, le simple fait de cette traduction est une prouesse éditoriale. Elle a valeur de symbole. En ces jours agités et troubles où les peurs ne cessent de bousculer les espérances, elle rappelle que l'Islam est culture et civilisation. Il s'est intégré au monde par son apport scientifique et son attachement à la valeur du savoir comme discipline d'ouverture et école de considération réciproque, de coopération et de collaboration culturelles.

Or, la nouvelle traduction, outre ses mérites scientifiques et son opportunité, pousse à la réalisation de ces fins. Sa lisibilité et l'élégance de son style y pourvoient.
Elle sensibilisera les jeunes francopones à une culture puisée aux sources monothéistes et grecques mais capable d'exercer l'esprit du lecteur et de l'encourager à frotter sa cervelle contre celle d'autrui.

Si bien présentée, cette vision d'Ibn Khaldoun est, de plus, inaugurée par l'Autobiographie de l'auteur et, par la suite, la meilleure introduction à sa pensée. Considérée comme partie intégrante de ce grand texte, la Muqaddima, elle a été rarement prise en compte et en charge comme dans cette traduction.

En effet, elle nous informe sur l'homme, ses origines, sa formation, ses divers maîtres – tel le fameux Abili, initiateur d'Ibn khaldoun aux sciences rationnelles comme la logique, les mathématiques et la philosophie. Elle nous renseigne aussi sur les débuts d'une carrière «politique» contrariée par l'engouement constant de notre auteur pour les études «scientifiques», ce qui vous vaut, en particulier, sa prédilection pour l'histoire et la philosophie de l'histoire, objets privilégiés de sa réflexion. Un effort intellectuel qui a requis notre auteur d'une manière si étrange et irrésistible qu'il lui permit d'identifier les forces qui se trouvent au principe du devenir des formations politiques.

Ayant à la fois fréquenté les cours royales de son temps et les milieux savants de Fès, de Tlemcen, de Tunis et de l'Andalousie, Ibn Khaldoun tend donc à poser des questions profondes, globales et spéculatives telles que : d'où vient la Civilisation, autrement dit, la culture qui se développe dans les villes ? Comment comprendre le jeu du monde «rural» ? Que signifient l'Etat et son administration ? D'où vient l'orgueil de vaincre et l'ivresse de la puissance ? Il traite ces questions insondables à partir de l'observation minutieuse de son monde. Sensible aux spécificités et aux contraintes de la vie bédouine, il connaît les particularités de la vie citadine. Mais sa vision des choses reste imperturbablement réaliste.

Au sultan des Mongols et des Tsars, à Tamerlan en personne, il ose rappeler que «l'esprit de corps» constitue toute force gagnante ! Dans un raccourci saisissant, il expose la question du Califat au grand conquérant, mais non sans desservir crûment le rêve épuisé et plaintif du prétendant au trône de Haroun ar-Rachid, venu du caire plaiser une cause jugée.

Quelle force d'esprit comparée à la tentation moderne d'imputer l'arriération de l'Islam aux seuls Turcs et Mongols!
Abdeslam Cheddadi nous guide, avec diligence, prudence et doigté, dans l'intelligence de cette œuvre foisonnante. Le traducteur a conscience qu'Ibn Khaldoun s'identifie avec un moment décisif du destin arabo-musulman. Il occupe une place de choix dans notre quête de rationalité, de paix, de civilisation partagée et d'aspiration à dépasser, avec une culture créative et constructive, les problèmes qui nous retiennent en arrière et qui nous handicapent.

Certes, l'histoire n'a pas cessé de bouger depuis Ibn Khaldoun.Mehdi Bouabdelli avait montré que les sociétés maghrébines ont évolué après l'historien. Et A. Laroui a rappelé la coexistence, très avancée au XIXe siècle, entre citadins et ruraux*. Bref, l'univers khaldounien a peut-être disparu depuis déjà longtemps ! La sociologie khaldounienne constitue par conséquent une vase de départ mais n'est plus un point d'arrivée. Les temps changent. Et les concepts ont leur historicité.

Sans doute, Ibn Khaldoun nous aide-t-il à comprendre la nature du politique mieux que les théoriciens du Califat. Il a mesuré à quel point le pouvoir ne se donne pas, ne s'échange pas, n'existe que pour être exercé, que seuls peuvent en accomplir les tâches ceux qui disposent de la force initiale, qui veulent vaincre et conquérir sans hésitation ni état d'âme.

Ceux dont la parole même est action et le dire est mise en œuvre, (man idà qàla faàl). Bref, ceux qui savent se servir de la asabiya comme d'une technologie de pouvoir ! A cet égard, Ibn Khaldoun est loin de l'idéalisme propre à la pensée occidentale de Solon à Kant, voire à John Rawls. L'éclat de ses intuitions concernant le rôle du religieux n'empêche pas notre historien de rester sceptique envers les prédicateurs, les transformateurs, les réformateurs et les «idéologues».

En identifiant le rôle de la force, il reconnaît combien demeure précaire l'adhésion individuelle à la loi et au droit, fragile la flamme mystique elle-même, inconsistante la volonté de l'ambitieux sans troupes. Il y a incompatibilité selon lui «entre la recherche du pouvoir en vue de réformer et la poursuite nécessaire des iens de ce monde». Bref, il a compris l'essence du politique.

On a reproché à Ibn Khaldoun sa représentation cyclique du temps et de l'histoire. Mais l'idée de cycles historiques reste liée, pour lui, à des phénomènes comme ceux qui avaient marqué notre histoire, des Almoravides auw Wattassides. C'est une succession d'»ordres» politiques. La suite répétitive des ordres mondiaux imaginés entre la paix de Wesphalie et le traité de Versailles est-elle si différente des phénomènes qui concourent à établir la nécessité où sont toutes les sociétés, nationales ou internationales, anciennes ou contemporaines, d'être… sociétés !

En effet, c'est à l'aube des Lumières que l'idée de mouvement cyclique s'est imposée dans sa signification moderne. Car il a fallu pour ainsi dire «retourner l'histoire sur elle-même», la ramener à son point de départ, lui faire accomplir une «révolution»… au sens de ce mot pour les astronomes ! Telle fut, par exemple, l'intention qui animait l'histoire cyclique de Boulainvilliers à l'aube des Lumières.

Sans doute, Ibn Khaldoun n'avait-il sous les yeux que le monde aristotélicien de la génération et de la corruption, un monde de l'«à peu près», loin de l'univers où nous vivons. Mais, sur le plan de l'histoire, il invite à réfléchir sur des questions aussi essentielles et actuelles que celles-ci :
1 – Pourquoi leur environnement agressif a-t-il handicapé nos villes et les a-t-il frustré de cette tradition des droits et détourné de la politique des libertés civiles caractéristiques des villes occidentales ?
2 – Comment réaliser la démocratie dans un contexte social où la tribu a régné si longtemps, où de nouvelles formes de asabiya constituent des obstacles au bon fonctionnement de la société civile ?
3 – Peut-on concevoir un renouvellement de la culture sans former à nouveau un creuset multiculturel comme ce fut le cas de l'Islam dans sa première grandeur ?
Au terme de ma lecture, je ne résiste pas à l'envie de reprendre à mon compte, et au profit de ce joyau multivalent de la Pléiade, ce que dit André Gide d'un volume de cette collection paru en 1931: «Cet Ibn khaldoun nous comble : c'est une présentation magnifique. L'appareil critique à la fin du volume est précieux. C'est décidément votre Ibn Khaldoun que je prendrai dans ma valise comme compagnon de voyage, de préférence à toute autre édition. Je ne l'ouvrirai pas sans penser à votre belle collection» et au beau travail accompli par Abdeslam Cheddadi.


(*) MOHAMED ALLAL SINACEUR - est philosophe, ancien Conseiller de S.M. Le Roi

• cf. Abdallah Laroui, l'Histoire du Maghreb, F. Maspero, Paris 1970, p. 341.



MOHAMED ALLAL SINACEUR (*)


Lematin.ma