tassolt
05/12/2004, 01h10
Essaouira à la bonne heure
A l'intérieur des remparts, dans la médina d'Essaouira, un merveilleux riad au parfum d'aventure et de voyage vient de voir le jour. Son nom : L'Heure Bleue.
Figaro Magazine
CATHERINE CAUBÈRE
Entre chien et loup, à Essaouira, c'est l'heure des chats. L'heure où la Squala devient encore plus rousse ; l'heure où, au-delà de la porte de la Marine, des boutres et des barques, le soleil, avalé par la mer, enflamme les épices, embrase les étals de thuya. C'est alors que dans les ruelles les blanches façades aux volets d'azur se diaprent de mauve tandis que les haïks des femmes masquées frémissent aux alizés du soir, ce vent qu'on appelle ici le «fils du pays» et vaut à l'ancienne Mogador, cité corsaire construite au XVIIIe siècle par Théodore Cornut, la douceur de son climat. Voilà, c'est l'heure bleue d'Essaouira. Mais L'Heure Bleue, c'est aussi le nom d'une grande maison mi-riad, mi-palais où le temps semble s'être arrêté. Ancien fondouk devenu demeure caïdale, puis laissée à l'abandon, la voilà, après trois ans et demi de travaux, joliment ressuscitée. «Nous avons voulu, explique Robert Azoulay, son propriétaire, retrouver l'authenticité d'une maison de famille nostalgique de son passé anglais, portugais, africain, colonial.» Il suffit, d'ailleurs, de traverser le sas vitré aux boiseries brunes et aux «bâtons de maréchal» au cuivre ciselé pour se croire autre part, tant dans le temps que dans l'espace. Oui, cette maison aux petites fenêtres extérieures et grandes baies vitrées donnant sur le patio a retrouvé son âme. Deux jeunes architectes décorateurs, Karl Fournier et Olivier Marty (Studio KO), sont les artisans de cette réussite. Dans le salon anglais, ils ont joué avec le marbre noir de la cheminée, les tapis berbères, les fauteuils à oreillettes, les lampes de synagogue, les tables de bridge chinées. Sur les murs, des têtes de buffle et de koudou se défient pour l'éternité... Dans le salon oriental, les tissus de Pierre Frey, d'inspiration ottomane, se marient aux panneaux muraux en cèdre du Maroc, aux fauteuils Napoléon III, au lustre syrien coiffé d'un abat-jour de couleur. C'est là aussi la salle à manger, où le jeune chef français, Sylvain Scotti, met en scène gaspacho à l'huile d'argan, risotto de homard bleu, ravioles de rougets au fromage de chèvre, tajines et pastillas. Ici, tout est fait maison, des pains au yoghourt en passant bientôt par les légumes du jardin. On peut aussi dîner dans le patio, aux arcs en plein cintre et aux chapiteaux de pierre ocre qui semblent, sur trois étages, escalader le ciel. Des palmiers, une fontaine, des bougies enchantent dès lors ce palais des Mille et Une Nuits, où ont travaillé les meilleurs artisans de la région. Les chambres et suites sont elles aussi empreintes du passé culturel d'Essaouira. Y règnent le sombre bois d'iroko, des cheminées à double foyer, de vieilles cartes du Maroc. Pas de minibar : on soulève le combiné du téléphone et l'on s'adresse directement au majordome !
A l'intérieur des remparts, dans la médina d'Essaouira, un merveilleux riad au parfum d'aventure et de voyage vient de voir le jour. Son nom : L'Heure Bleue.
Figaro Magazine
CATHERINE CAUBÈRE
Entre chien et loup, à Essaouira, c'est l'heure des chats. L'heure où la Squala devient encore plus rousse ; l'heure où, au-delà de la porte de la Marine, des boutres et des barques, le soleil, avalé par la mer, enflamme les épices, embrase les étals de thuya. C'est alors que dans les ruelles les blanches façades aux volets d'azur se diaprent de mauve tandis que les haïks des femmes masquées frémissent aux alizés du soir, ce vent qu'on appelle ici le «fils du pays» et vaut à l'ancienne Mogador, cité corsaire construite au XVIIIe siècle par Théodore Cornut, la douceur de son climat. Voilà, c'est l'heure bleue d'Essaouira. Mais L'Heure Bleue, c'est aussi le nom d'une grande maison mi-riad, mi-palais où le temps semble s'être arrêté. Ancien fondouk devenu demeure caïdale, puis laissée à l'abandon, la voilà, après trois ans et demi de travaux, joliment ressuscitée. «Nous avons voulu, explique Robert Azoulay, son propriétaire, retrouver l'authenticité d'une maison de famille nostalgique de son passé anglais, portugais, africain, colonial.» Il suffit, d'ailleurs, de traverser le sas vitré aux boiseries brunes et aux «bâtons de maréchal» au cuivre ciselé pour se croire autre part, tant dans le temps que dans l'espace. Oui, cette maison aux petites fenêtres extérieures et grandes baies vitrées donnant sur le patio a retrouvé son âme. Deux jeunes architectes décorateurs, Karl Fournier et Olivier Marty (Studio KO), sont les artisans de cette réussite. Dans le salon anglais, ils ont joué avec le marbre noir de la cheminée, les tapis berbères, les fauteuils à oreillettes, les lampes de synagogue, les tables de bridge chinées. Sur les murs, des têtes de buffle et de koudou se défient pour l'éternité... Dans le salon oriental, les tissus de Pierre Frey, d'inspiration ottomane, se marient aux panneaux muraux en cèdre du Maroc, aux fauteuils Napoléon III, au lustre syrien coiffé d'un abat-jour de couleur. C'est là aussi la salle à manger, où le jeune chef français, Sylvain Scotti, met en scène gaspacho à l'huile d'argan, risotto de homard bleu, ravioles de rougets au fromage de chèvre, tajines et pastillas. Ici, tout est fait maison, des pains au yoghourt en passant bientôt par les légumes du jardin. On peut aussi dîner dans le patio, aux arcs en plein cintre et aux chapiteaux de pierre ocre qui semblent, sur trois étages, escalader le ciel. Des palmiers, une fontaine, des bougies enchantent dès lors ce palais des Mille et Une Nuits, où ont travaillé les meilleurs artisans de la région. Les chambres et suites sont elles aussi empreintes du passé culturel d'Essaouira. Y règnent le sombre bois d'iroko, des cheminées à double foyer, de vieilles cartes du Maroc. Pas de minibar : on soulève le combiné du téléphone et l'on s'adresse directement au majordome !