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Voir la version complète : Au chevet de Rémy Leveau


Lahcen
14/03/2005, 11h49
Ce professeur à l’institut d’études politiques à Paris enseigna pendant des années à la faculté de droit de Rabat et fut même conseiller juridique du ministre de l’ancien ministre de l’intérieur marocain le général Oufkir avant d’écrire son livre Le Fellah Marocain Défenseur du trône qui resta interdit au royaume pendant des années.
Madame Khadija Mohsen-Finan a travaillé avec lui a l’institut français des relations internationales et a co-édité avec lui de nombreux ouvrages. Propos recueillis par Abdelilah Bouasria: Journaliste et doctorant en science politique, Washington DC, USA. Entretien...


Vous avez connu le défunt Rémy Leveau en travaillant avec lui à l’institut français des relations internationales (IFRI) et en collaborant avec lui dans de nombreux ouvrages comme celui intitulé Monarchies Arabes: Transitions et dérives dynastiques, alors comment décrivez-vous le docteur Rémy?

Khadija: Le décès de Rémy Leveau est une grande perte pour le monde scientifique de manière générale et plus particulièrement pour les chercheurs qui travaillent sur le monde arabe, l’immigration et l’Islam en Europe et en Occident. En 1985, Rémy Leveau a mis en place une équipe de recherche sur l’Islam en France et il avait réellement inscrit cette problématique dans la sociologie politique et dans les relations internationales, ce qui était une nouveauté car dans les années 80 les musulmans étaient dans l’esprit des gens des machines pour travailler et pour rentrer chez eux par la suite.
C’était un novateur et un précurseur qui a dépassé l’orientalisme en termes d’approche scientifique sur le monde arabe. Pour lui, il fallait aller sur le terrain, parler avec la population et dépasser le contact avec les élites. Malgré son age, il avait des approches qui étaient assez nouvelles comme l’implication de la sédentarisation des musulmans pour la France.
Il avait fait des enquêtes sur l’évolution du mouvement beur dans son ouvrage avec Catherine de Wenden sur la bourgeoisie, bien avant que ce thème ne devienne à la mode. Au lendemain des attentats du 16 mai au Maroc, on parlait beaucoup de la dissolution du parti islamiste marocain PJD, il avait donné des interviews à la presse marocaine pour dire que c’était une grave erreur et qu’on ne pouvait point continuer d’écarter les islamistes qui étaient des acteurs à part entière.

En examinant l’autre aspect du cursus du défunt, on se rend compte qu’il a servi aussi dans de nombreuses bureaucraties comme conseiller juridique du ministre de l’intérieur marocain le général Oufkir et comme conseiller culturel de l’ambassade de France. Est-ce que Rémy Leveau a été immunisé contre ces bureaucraties tout en les côtoyant durant ce que nous appelons chez nous les années de plomb?

Khadija: Quand il a travaillé avec Oufkir, il n’a pas travaillé comme bureaucrate mais comme intellectuel. Il a profité des informations pour conduire son travail de thèse et son maître livre Le Fellah Marocain Défenseur du Trône. D’ailleurs il n’a pas reproduit le schéma bureaucratique dans son livre.

Quel portrait Rémy Leveau faisait-il du général Oufkir ? Et quels rapports avait-il avec le roi Hassan II ?

Khadija : Le portrait qu’il faisait d’Oufkir était celui de la personne autoritaire, technocrate et de l’homme sanguinaire qu’on décrit. Pour lui c’était comme Basri ou Dlimi des pièces maîtresses dans un système. Les rapports de Rémy avec Hassan II étaient très distants mais il n’avait rien de particulier contre le roi défunt. Il mettait -comme tout le monde-à l’index la gestion des droits de l’Homme, mais en même temps il était capable de saluer l’ouverture qui s’est réalisée à la fin des années 90 tout en expliquant sa nécessité pour la survie de la monarchie.

Dans votre ouvrage co-édité avec lui Le Maghreb après le 11 septembre, avez vous traité la critique que la mouvance Amazighe fait de l’expression « Maghreb arabe » ? N’a-t-il jamais été au centre d’une polémique en France ou ailleurs ?

Khadija : Je dois dire que Rémy Leveau était assez consensuel, et il n’était pas un provocateur qui voulait faire parler de lui. D’autre part, on n’a jamais réellement parlé de la cause berbère. En tout cas, les berbères ont raison de remettre en question cette appellation.

Quel est le testament culturel de Rémy Leveau ?

Khadija : Je l’ai vu pour la dernière fois le lundi 28 février et nous recevions l’émissaire onusien Lakhdar Ibrahimi, et il a salué la simplicité de ce personnage. Il était aussi malade puisqu’il avait sa bronchite qui l’a emporté avec une crise d’asthme.

12/03/2005

source: Emarrakech.info

Lahcen
14/03/2005, 11h51
azul,

j'ai lu cet entretien et le passage que je trouve plutot interessant est celui la:


Dans votre ouvrage co-édité avec lui Le Maghreb après le 11 septembre, avez vous traité la critique que la mouvance Amazighe fait de l’expression « Maghreb arabe » ? N’a-t-il jamais été au centre d’une polémique en France ou ailleurs ?

Khadija : Je dois dire que Rémy Leveau était assez consensuel, et il n’était pas un provocateur qui voulait faire parler de lui. D’autre part, on n’a jamais réellement parlé de la cause berbère. En tout cas, les berbères ont raison de remettre en question cette appellation.