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Voir la version complète : Les mosquées féminisent


tawada1
27/04/2006, 21h23
Dans quelques jours, 50 femmes pourront brandir leur diplôme de mourchidates et aller prêcher la bonne parole dans les mosquées à travers le Maroc. Les voilà prêtes, après de multiples sélections (il y aurait eu 500 candidates au départ et 10 doivent encore être éliminées) et un an de cours intensifs au Conseil local des Oulémas de Rabat. « Nous allons transmettre le message de Dieu, du prophète à tout le monde, pour que le Coran soit mieux appliqué », s'enthousiasme une des futures mourchidates, Zhor Bourbach. Elles devront en effet donner des cours d'éducation islamique dans les mosquées. Mais ce n'est pas tout, loin de là. L'étendue de leur tâche, mais aussi leur formation et leur profil, les différencient des mourchidates « première génération » qui se contentaient de leur côté, de l'éducation islamique. Elles se veulent plus ouvertes, plus complètes pour mieux guider les Marocains. La moitié du Coran par coeurD'abord, les nouvelles prédicatrices viennent d'horizons divers. La plupart ont une licence. Pour ne citer qu'elles : Zhor, 39 ans, a une formation de géologue et Khadija Aktami, 32 ans, est licenciée en économie. Toutes les candidates ont obtenu leur diplôme universitaire avec mention. C'était un critère de base dans les sélections. Elles devaient en outre connaître par cœur au moins la moitié du Coran. Elles ont bien sûr poursuivi leur étude du Livre et des Hadith au cours de leur formation. La communication, l'histoire, la géographie, la sociologie, la psychologie, la gestion, le droit avec l'étude du nouveau code de la famille : autant d'autres cours, donnés par des universitaires, qu'elles ont suivis pendant un an. « C'était passionnant. J'ai appris beaucoup de choses que je vais pouvoir transmettre. Ces études m'ont permis d'avoir une vision plus claire sur le Maroc et même sur le monde ! », se félicite Zhor. « La socio, la psycho, ces deux matières nous aideront à conseiller les femmes, les enfants et même les hommes avec lesquels nous serons en contact ». Souad Achtib, une des enseignantes, souligne qu'elles auront un rôle très large : « Il ne s'agira pas seulement de dire, Dieu dit ça et au revoir, à la semaine prochaine ! ». Les mourchidates devront apporter un soutien à la société et développer les activités au sein de la mosquée. Un des objectifs est d'attirer les Marocains dans les mosquées. Dépendantes du ministères des Habous et des Affaires islamiques, elles travailleront aux côtés de l'imam. Elles vont notamment donner des cours d'alphabétisation aux adultes. Surtout, les mourchidates nouvelle génération auront un rôle de conseil. « Nous devons aider les gens à résoudre leurs problèmes », explique Zhor, en toute modestie. Les occidentaux sont nombreux à consulter les psychologues pour trouver un soutien psychologique ; les Marocains, eux, pourront se tourner vers les mourchidates ! « Par exemple, une femme dont le fils se drogue peut venir nous demander ce qu'elle doit faire. Nous tenterons de la conseiller », explique Zhor. Et si une femme battue par son mari vient vers elles ? Khadija nous expose sa manière d'agir. « Nous la laisserons s'exprimer. Nous essaierons de comprendre ce qui pousse son mari à agir ainsi. Si c'est l'alcool, nous tenterons de le convaincre que boire est interdit dans notre religion. Enfin, nous chercherons des solutions dans le Coran, dans le droit marocain, dans le nouveau Code de la famille. S'il n'y a vraiment pas d'autre possibilité, nous lui parlerons d'une séparation. Mais quand même, nous lui demanderons si elle pense vraiment que c'est ce qu'il y a de mieux pour elle ».« Résoudre leurs problèmes »Si la mosquée est la base des mourchidates, elles sont appelées à bouger, à prendre leur bâton de pèlerin pour aller à la rencontre des gens, dans les écoles, dans les prisons, dans les hôpitaux, dans les bidonvilles, dans les campagnes, etc. Leur cible ? Nous l'aurons compris : c'est en priorité les jeunes et les femmes. Ces dernières, à la fois mères et épouses sont au centre du noyau familial et essentielles dans la société. En un mot, la mosquée veut davantage s'intéresser aux femmes. Une hérésie vis-à-vis de l'islam, qui passe pour une religion rétrograde de ce côté-là ? Zhor, Khadija, Souad répondent d'une même voix : « Pas du tout. Au contraire. Il faut sur ce point refaire une lecture du Coran ». Toutes les trois se lancent dans la récitation des sourates du Coran qui laissent la part belle à la femme. « Le prophète respectait infiniment les femmes ! L'islam insiste sur le droit de la femme. Mais le monde musulman a lâché peu à peu sa religion et ses femmes. Sur ce point et d'autres, le Coran est mal compris », assure Souad. Pour le politologue Mohamed Layadi, cette fonction de mourchidate ne va pas du tout à contre-courant de l'islam. « La preuve : il n'y a pas eu de réaction de la part des islamistes ! », souligne-t-il. « Il y a des mourchidates en Iran et au sein d'Al Adl wal Ihssane, même si leur rôle est peut-être plus limité ». Mohamed Layadi pousse l'analyse plus loin. Grâce aux prédicatrices, « la mosquée va récupérer les femmes » qui viendront en quête de conseils auprès des mourchidates. Les femmes sont aujourd'hui beaucoup moins nombreuses à aller à la mosquée que les hommes. Elles sont surtout visibles dans les mouvements islamistes. Cela pourrait changer. Et Mohamed Layadi rappelle la réforme du champ religieux, annoncée le 30 avril 2004 par Mohammed VI. Le roi avait alors annoncé une révision de la législation pour les lieux de culte, une réforme de la Ligue des Oulémas du Maroc, la modernisation de l'enseignement islamique. Mohammed VI s'était fixé pour tâche de « renouveler le champ religieux ». Pour Mohamed Layadi, nous sommes en plein dans cette réforme avec la mise en place des prédicatrices. « C'est toute une politique dont les aspects se déclinent les uns après les autres. Après la formation des imams, on essaie de récupérer les femmes ». Il s'agit bel et bien de donner plus de poids à la religion tout en la contrôlant. Les imams, qui ont été appelés en 2005 à participer aussi bien à la lutte contre le sida qu'à la prévention routière et même à la sensibilisation à la grippe aviaire, vont pouvoir se reposer un peu et passer le flambeau aux mourchidates.« le monde musulman a lâché peu à peu sa religion et ses femmes. Sur ce point et d'autres, le Coran est mal compris ».

le journal Hebdo.

LOUZIMIMENE
28/04/2006, 09h34
C'est une idée géniale à encourager pour couper l'herbe sous les pieds des obscurantistes qui ne voient qu'à travers le rétroviseur obstrué, d'ailleurs à travers toute l'histoire, le Maroc est toujours un modèle vivant et qui bouge et résiste à la culture de la stagnation et de retour au passé comme dans les pays orientaux.