25/01/2004, 20h18
Les rways (rays, au singulier : "chef", "maître") sont des ensembles de musiciens qui se produisent chez les Chleuhs auprès desquels ils ont acquis ces dernières décennies une immense popularité. Le poète-chanteur (rays) s'accompagne à la vièle monocorde, rribab, au timbre "aigre-doux" si particulier rappelant celui d'une flûte, auquel on ajoute le "grésillement de sable dû aux cordes de timbre et aux rangées de perles en verroterie qui agrémentent la table d'harmonie" (Chottin, 1933, 19). Il est accompagné par plusieurs joueurs de luth à trois ou quatre cordes (lotâr ou lginbri) et d'un joueur de cloche naqus auxquels s'ajoutent parfois des joueurs de tambours sur cadre allun et de nuiqsat. Les nuiqsat sont des petites cymbalettes en cuivre fixées (deux sur la main gauche, une sur la main droite) que les musiciens font entrechoquer tout en dansant. Jouées au début du siècle par des jeunes hommes à l'allure efféminée, les nuiqsat sont aujourd'hui l'apanage des danseuses raysat. Également chanteuses elles complètent en choeur les phrases mélodiques du rays. Certaines raysat se sont mises à leur compte, et ont gagné une grande popularité, en interprétant en solo des compositions créées parfois par leurs homologues masculins.
Il semblerait que les nuiqsat ne se soient pas toujours accompagnés de la vièle monocorde rrihab : l'introduction de cet instrument ne se serait produite qu'au début du XXe siècle (Chottin, 1933, 18). Le nombre de troupes, très important aujourd'hui, aurait été fort restreint à la fin du siècle dernier. Il aurait été fortement augmenté sous le protectorat français. Retenus parfois par des personnalités généreuses chez les caïds par exemple, certains rways occupaient alors une place comparable à celle de musiciens de cour (Chottin, 1933).
Les Chleuhs ont une forte tradition d'émigration masculine vers les villes du Maroc et d'Europe : certains rways vont se produire partout où se trouvent d'importantes colonies de Chleuhs, y compris en France, en Belgique ou en Allemagne. De nombreux chants ont pour thème l'émigration ou, selon une tradition bien ancrée, les lieux et les villes de leurs déambulations. Depuis près d'un siècle Marrakech et sa place Jama lfna sont un passage obligé pour ces troupes, où ils forment leur "cercle" de spectateurs (hâlqa), à côté d'autres cercles, de charmeurs de serpents, conteurs, devins, acrobates.
Poésie et musique
La poésie des rways, composée à partir de distiques, utilise des images du monde agricole, de la chasse, de la nature et les thèmes de l'amour déçu, de la religion ainsi que des commentaires sociaux. Les airs, inspirés des territoires d'origines des rways mais aussi de la musique militaire européenne ou de la musique arabo-andalouse, sont basés sur des échelles pentatoniques anhémitoniques pour la plupart, et se développent avec de nombreux sauts de quartes et de quintes en couvrant jusqu'à une octave et demie. La construction des phrases mélodiques (dont chacune correspond a un vers) est généralement formée de deux ou quatre fragments mélodiques parallèles (Schuyler, 1984, 93-94).
Le répertoire des rways est très changeant, de nouveaux airs le renouvellent chaque année. Autrefois l'un des membres de la troupe se rendait dans le Sud pour y recueillir des airs composés par des joueurs de flûte ou bien auprès des grands rways comme Lhajj Belaid qui fut le maître d'un grand nombre de rways (Chottin, 1933, 25).
Les rways puisent dans neuf "segments". La poésie chantée amarg, composée toujours d'une phrase mélodique répétée, est le seul segment. L"astara, prélude ou interlude instrumental dans un rythme non mesuré, est similaire au taqsim arabe. Le têbil, défini comme une "ouverture chorégraphiée", est une série de mélodies, jouées dans un rythme qui correspond généralement à un 4/4. La tamssust assure le passage entre les différents segments et les musiciens accélèrent le tempo. Le lâdrub (pluriel de ddêrb, "coup") accompagne la danse. Les musiciens puisent dans un stock de mélodies jouées en 6/8. Le qtaà est une formule cadencielle (d'où le terme qui signifie "coupure" en arabe) composée de quatre "cycles rythmiques" dans un tempo rapide. Le ti n-lhâlqt est la pulsation rapide jouée sur la cloche naqus (généralement pour attirer les spectateurs) qui peut aussi soutenir le prélude (ou l'interlude instrumental astara. Enfin deux segments verbaux s'ajoutent aux autres : la bouffonnerie mashkhara et la fathâ, prière et formule de voeux qui invoque la bénédiction de Dieu et est liée à la quête. La fathâ ne doit pas être confondue avec la fatihâ, première sourate du Coran qui clôt les séances.
Aujourd'hui certains rways et raysat continuent la tradition grâce au support de cassettes audio mais aussi vidéo de grande diffusion, qui font retentir le débit rapide de leur chant du matin au soir dans les communautés chleuhs. Ces musiciens sont ainsi devenus un élément incontournable de la musique berbère
Il semblerait que les nuiqsat ne se soient pas toujours accompagnés de la vièle monocorde rrihab : l'introduction de cet instrument ne se serait produite qu'au début du XXe siècle (Chottin, 1933, 18). Le nombre de troupes, très important aujourd'hui, aurait été fort restreint à la fin du siècle dernier. Il aurait été fortement augmenté sous le protectorat français. Retenus parfois par des personnalités généreuses chez les caïds par exemple, certains rways occupaient alors une place comparable à celle de musiciens de cour (Chottin, 1933).
Les Chleuhs ont une forte tradition d'émigration masculine vers les villes du Maroc et d'Europe : certains rways vont se produire partout où se trouvent d'importantes colonies de Chleuhs, y compris en France, en Belgique ou en Allemagne. De nombreux chants ont pour thème l'émigration ou, selon une tradition bien ancrée, les lieux et les villes de leurs déambulations. Depuis près d'un siècle Marrakech et sa place Jama lfna sont un passage obligé pour ces troupes, où ils forment leur "cercle" de spectateurs (hâlqa), à côté d'autres cercles, de charmeurs de serpents, conteurs, devins, acrobates.
Poésie et musique
La poésie des rways, composée à partir de distiques, utilise des images du monde agricole, de la chasse, de la nature et les thèmes de l'amour déçu, de la religion ainsi que des commentaires sociaux. Les airs, inspirés des territoires d'origines des rways mais aussi de la musique militaire européenne ou de la musique arabo-andalouse, sont basés sur des échelles pentatoniques anhémitoniques pour la plupart, et se développent avec de nombreux sauts de quartes et de quintes en couvrant jusqu'à une octave et demie. La construction des phrases mélodiques (dont chacune correspond a un vers) est généralement formée de deux ou quatre fragments mélodiques parallèles (Schuyler, 1984, 93-94).
Le répertoire des rways est très changeant, de nouveaux airs le renouvellent chaque année. Autrefois l'un des membres de la troupe se rendait dans le Sud pour y recueillir des airs composés par des joueurs de flûte ou bien auprès des grands rways comme Lhajj Belaid qui fut le maître d'un grand nombre de rways (Chottin, 1933, 25).
Les rways puisent dans neuf "segments". La poésie chantée amarg, composée toujours d'une phrase mélodique répétée, est le seul segment. L"astara, prélude ou interlude instrumental dans un rythme non mesuré, est similaire au taqsim arabe. Le têbil, défini comme une "ouverture chorégraphiée", est une série de mélodies, jouées dans un rythme qui correspond généralement à un 4/4. La tamssust assure le passage entre les différents segments et les musiciens accélèrent le tempo. Le lâdrub (pluriel de ddêrb, "coup") accompagne la danse. Les musiciens puisent dans un stock de mélodies jouées en 6/8. Le qtaà est une formule cadencielle (d'où le terme qui signifie "coupure" en arabe) composée de quatre "cycles rythmiques" dans un tempo rapide. Le ti n-lhâlqt est la pulsation rapide jouée sur la cloche naqus (généralement pour attirer les spectateurs) qui peut aussi soutenir le prélude (ou l'interlude instrumental astara. Enfin deux segments verbaux s'ajoutent aux autres : la bouffonnerie mashkhara et la fathâ, prière et formule de voeux qui invoque la bénédiction de Dieu et est liée à la quête. La fathâ ne doit pas être confondue avec la fatihâ, première sourate du Coran qui clôt les séances.
Aujourd'hui certains rways et raysat continuent la tradition grâce au support de cassettes audio mais aussi vidéo de grande diffusion, qui font retentir le débit rapide de leur chant du matin au soir dans les communautés chleuhs. Ces musiciens sont ainsi devenus un élément incontournable de la musique berbère