tazrzite
28/05/2008, 21h09
Il ne nous a pas échappé que depuis quelques mois, aussi bien les médias que les politiques, mais aussi le sens commun font un usage aussi bien désordonné qu’abusif du concept de communautarisme. Il est devenu à l’occasion des élections présidentielles françaises de l’an dernier un argument politique : les uns, partisans de l’assimilation, une certaine droite souverainiste (De Villers)et l’extrême droite (lepeniste) vilipende le concept est l’assimile à la démolition de la culture nationale, à la communautarisation du fait national arguant que la nation est une et indivisible. Elle ne peut se réduire à une juxtaposition de communautés. D’autres démarches intégrationnistes reconnaissent le communautarisme comme un état de fait et que l’Etat jacobin centralisateur a du mal à reconnaître passant outre le fameux adage qui a valeur de credo : Si tu brises tes chaines, tu te libères. Si tu coupes tes racines, tu meurs.
Alors, qu’est-ce que le communautarisme ? On va partir d’une définition basique pour ensuite en montrer les limites et les insuffisances.
Définition : concentration d’une population étrangère ou issue de l’immigration dans un espace à l’intérieur de l’Etat-nation et dont les valeurs, les traditions et les pratiques, y compris religieuses, sont transposées au sein de cet espace.
On parle souvent du communautarisme sans se poser la question de ce à quoi il renvoie comme signification et ce qu’il recouvre comme pratiques.
Je pose, en guise d’hypothèses, les axes suivants :
Le communautarisme serait un révélateur des enjeux socio-économiques que traversent les sociétés occidentales.
Le communautarisme serait un bouc émissaire de la crise de la société française dans son positionnement par rapport aux différentes générations migratoires qui l’ont composé.
Le communautarisme serait un arbre au sein de la forêt du choc des civilisations.
Si l’on pose la définition précédente du communautarisme, on est tout de suite saisi par un questionnement implicite : ce modèle de valeurs, de traditions, de pratiques transposées est-il compatible avec l’Etat-nation ? Et d’abord, qu’est-ce que l’Etat-nation ? C’est une synthèse territoriale et politique qui permet à une population diverse de vivre sans heurts notoires. Et cette stabilité est régulée par l’Etat garant de l’intérêt général.
Je reviens à la question de la compatibilité du communautarisme avec l’Etat-nation ainsi défini.
La plupart des définitions placent l’accent sur la fonction de ce concept. Prenons le mot à sa racine. Le communautarisme revient à vivre en communauté, c’est le fait d’exalter la communauté, de lui emprunter le mode de vie. Mais le fait de vivre ainsi n’est en rien attentatoire à l’Etat-Nation. Ceux qui le pensent ont une conception ethnique de la nation et une représentation étroite, fermée, autarcique.
En sondant encore plus le concept de communauté, il est indiscutable sociologiquement que toutes les sociétés modernes sont issues de la communauté. D’après le sociologue Emile Durkheim, la société n’est que la forme complexe de la communauté. Il parle de la société à solidarité mécanique et à solidarité organique. Ainsi le fait de désigner une organisation sociale de communautaire équivaut à souligner qu’elle n’a pas encore atteint le niveau de civilisation acceptable. Ce n’est pas par hasard que ce sont essentiellement les partis nationalistes qui font leur cette vision des choses. Mais dans la France d’aujourd’hui, le communautarisme n’est que rarement défini par son contenu mais souvent par son contenant, notamment religieux et ethnique.
L’islam en France ou l’islam de France, le commerce ethnique, chinois entre autres, le communautarisme remplirait une triple fonction :
1/ La première est avec bonheur sociologique. Le communautarisme révèle des enjeux socio-économiques, l’évolution de la société française en tant que société ouverte aux flux migratoires et à la circulation des idées et des contre-idées et à la diffusion de la diversité humaine.
2/ La deuxième est idéologique. Le communautarisme s’érige, surtout à l’approche des élections, en un bouc émissaire de la crise de la société française. L’argument est toujours le même. Si la société française va mal, c’est parce qu’elle traverse une grave crise identitaire. Certains sont même allés jusqu’à faire valoir la nécessité de créer un ministère de l’identité nationale et de l’immigration. Ce qui fut fait.
3/ La troisième fonction : je la formulerai dans ces termes. Le communautarisme en France est un arbre de la forêt du choc des civilisations. Vous savez que la thèse du choc des civilisations, on la doit à Samuel Huntington qui prophétise qu’une guerre n’est pas à exclure entre le monde musulman et occidental en raison du supposé incompatibilité des valeurs entre les deux entités.
Le communautarisme ne serait donc rien d’autre que le choc des civilisations à l’échelle nationale en miniature. Les ouvrages de Orianna Fallaci « La rage et l’orgueil », les différentes prises de position de Brigitte Bardot sur la fête du mouton et les déclarations plus récentes de Nicolas Sarkozy sur le « mouton dans la baignoire ». Tout cela promet ! On passe rapidement de l’anecdotique au général.
(1) Ce papier est une version légèrement remaniée de la conférence donnée en 2007 à la mairie de Clichy.
Brahim Labari (avec la collaboration de Mohamed Benitto)
saurce www.tamaynutfrance.org
Alors, qu’est-ce que le communautarisme ? On va partir d’une définition basique pour ensuite en montrer les limites et les insuffisances.
Définition : concentration d’une population étrangère ou issue de l’immigration dans un espace à l’intérieur de l’Etat-nation et dont les valeurs, les traditions et les pratiques, y compris religieuses, sont transposées au sein de cet espace.
On parle souvent du communautarisme sans se poser la question de ce à quoi il renvoie comme signification et ce qu’il recouvre comme pratiques.
Je pose, en guise d’hypothèses, les axes suivants :
Le communautarisme serait un révélateur des enjeux socio-économiques que traversent les sociétés occidentales.
Le communautarisme serait un bouc émissaire de la crise de la société française dans son positionnement par rapport aux différentes générations migratoires qui l’ont composé.
Le communautarisme serait un arbre au sein de la forêt du choc des civilisations.
Si l’on pose la définition précédente du communautarisme, on est tout de suite saisi par un questionnement implicite : ce modèle de valeurs, de traditions, de pratiques transposées est-il compatible avec l’Etat-nation ? Et d’abord, qu’est-ce que l’Etat-nation ? C’est une synthèse territoriale et politique qui permet à une population diverse de vivre sans heurts notoires. Et cette stabilité est régulée par l’Etat garant de l’intérêt général.
Je reviens à la question de la compatibilité du communautarisme avec l’Etat-nation ainsi défini.
La plupart des définitions placent l’accent sur la fonction de ce concept. Prenons le mot à sa racine. Le communautarisme revient à vivre en communauté, c’est le fait d’exalter la communauté, de lui emprunter le mode de vie. Mais le fait de vivre ainsi n’est en rien attentatoire à l’Etat-Nation. Ceux qui le pensent ont une conception ethnique de la nation et une représentation étroite, fermée, autarcique.
En sondant encore plus le concept de communauté, il est indiscutable sociologiquement que toutes les sociétés modernes sont issues de la communauté. D’après le sociologue Emile Durkheim, la société n’est que la forme complexe de la communauté. Il parle de la société à solidarité mécanique et à solidarité organique. Ainsi le fait de désigner une organisation sociale de communautaire équivaut à souligner qu’elle n’a pas encore atteint le niveau de civilisation acceptable. Ce n’est pas par hasard que ce sont essentiellement les partis nationalistes qui font leur cette vision des choses. Mais dans la France d’aujourd’hui, le communautarisme n’est que rarement défini par son contenu mais souvent par son contenant, notamment religieux et ethnique.
L’islam en France ou l’islam de France, le commerce ethnique, chinois entre autres, le communautarisme remplirait une triple fonction :
1/ La première est avec bonheur sociologique. Le communautarisme révèle des enjeux socio-économiques, l’évolution de la société française en tant que société ouverte aux flux migratoires et à la circulation des idées et des contre-idées et à la diffusion de la diversité humaine.
2/ La deuxième est idéologique. Le communautarisme s’érige, surtout à l’approche des élections, en un bouc émissaire de la crise de la société française. L’argument est toujours le même. Si la société française va mal, c’est parce qu’elle traverse une grave crise identitaire. Certains sont même allés jusqu’à faire valoir la nécessité de créer un ministère de l’identité nationale et de l’immigration. Ce qui fut fait.
3/ La troisième fonction : je la formulerai dans ces termes. Le communautarisme en France est un arbre de la forêt du choc des civilisations. Vous savez que la thèse du choc des civilisations, on la doit à Samuel Huntington qui prophétise qu’une guerre n’est pas à exclure entre le monde musulman et occidental en raison du supposé incompatibilité des valeurs entre les deux entités.
Le communautarisme ne serait donc rien d’autre que le choc des civilisations à l’échelle nationale en miniature. Les ouvrages de Orianna Fallaci « La rage et l’orgueil », les différentes prises de position de Brigitte Bardot sur la fête du mouton et les déclarations plus récentes de Nicolas Sarkozy sur le « mouton dans la baignoire ». Tout cela promet ! On passe rapidement de l’anecdotique au général.
(1) Ce papier est une version légèrement remaniée de la conférence donnée en 2007 à la mairie de Clichy.
Brahim Labari (avec la collaboration de Mohamed Benitto)
saurce www.tamaynutfrance.org