Voir la version complète : standardisation de l'amazighe
Avec la création de l'IRCAM dont la mission fondamentale est de «permettre l'introduction de l'amazigh dans le système éducatif et assurer à l'amazighe son rayonnement dans l'espace social, culturel et médiatique, national, régional et local». (article 2 du Dahir portant création), et avec l'introduction de l'amazighe dans le système éducatif à partir de septembre 2003, la question de la standardisation de la langue amazighe s'impose et acquiert toute sa légitimité.
Enseigner une langue implique nécessairement une graphie codifiée, un lexique et une grammaire standardisés et des outils didactiques, entre autres. Le besoin d'une langue standard ou unifiée est on ne peut plus urgent ; ce qui aura l'avantage de faciliter son acceptabilité sociale et partant son extension.
Toutefois, la question qui mérite d'être posée est comment unifier la langue amazighe qui, dans l'état actuel, est attestée sous forme de trois grandes variétés dialectales au Maroc : tachelhit, tamazight et tarifit ? Faut-il unifier à tout prix et dans l'immédiat, au risque de construire «un monstre linguistique», une langue étrangère aux locuteurs et dont l'acceptabilité sociale n'est aucunement garantie, ou adopter une approche plutôt progressive, plus longue certes, mais dont le résultat est sûr ?
2. Comment unifier ?
L'histoire de l'évolution des langues naturelles nous enseigne que des langues appartenant à de mêmes familles linguistiques, qui étaient sous forme de dialectes, avaient été unifiées, puis différenciées, puis réunifiées de nouveau, selon des facteurs favorisant l'une ou l'autre étape, lesquels sont d'ordre politique, religieux, économique, civilisationnel,… L'histoire des langues européennes offre trois cas de figure fort intéressants, représentés par le français, l'anglais et l'allemand, qui correspondent à trois options d'unification :
a) le français : le français standard actuel est l'évolution du parler choisi d'une région, en l'occurrence Paris, où siégeaient, au Moyen âge, les notables de la nation et l'élite intellectuelle, et qui était le lieu d'une université puissante qui a eu une grande influence à cette époque.
b) L'anglais : son histoire est sensiblement différente de celle du français dans la mesure où, tout en étant le parler de Londres, il est caractérisé par des traits de plusieurs dialectes, car Londres était au carrefour de différents dialectes, d'où un certain brassage.
c) L'allemand : à l'époque de son unification au Moyen âge, il n'y avait pas de centre comparable à Paris ou à Londres et par conséquent, aucun parler n'était candidat à s'imposer naturellement. C'est donc dans les pays colonisés par l'Allemagne qu'avait pris naissance un allemand littéraire (dans les milieux de la bourgeoisie) proclamé langue littéraire par la Réforme.
Parallèlement à cette langue littéraire se trouvait l'allemand commun, langue écrite, mais auquel correspond une variation de la prononciation selon les régions. Le plus intéressant est que, contrairement au français, les différences de prononciation sont perçues comme naturelles et témoignent de l'appartenance régionale.
Qu'en est-il de la langue amazighe ? Peut-on lui appliquer une des trois options? La réponse ne peut être que négative car elles correspondent à des réalités géopolitiques et sociales différentes. L'amazighe présente une situation spécifique : il n'a y a pas de dialecte ou de parler qui pourrait être considéré comme celui d'une élite, donc candidat à être choisi comme la base de la langue unifiée. Le cas de l'allemand commun est intéressant car il donne l'exemple d'une langue unifiée au niveau de l'écrit mais avec maintien des spécificités qui relèvent de la prononciation.
Pour ce qui est des choix et de l'approche adoptés par le Centre de l'Aménagement Linguistique relevant de l'IRCAM, ils peuvent être résumés ainsi:
- la standardisation de l'amazighe est parmi ses missions essentielles ; en témoigne l'appellation même du centre ;
- la standardisation de l'amazighe est une opération réalisable; car l'unité de l'amazighe est une évidence et elle a été soulignée dès les premiers travaux sur l'amazighe (cf. A. Basset, entre autres auteurs). Elle est saisissable à tous les niveaux de la grammaire : la phonologie, la morphologie, la syntaxe, le lexique et la sémantique;
- la standardisation immédiate et à la hâte de l'amazighe est hasardeuse et peut porter préjudice à la langue elle-même. En effet, étant donné le choix de l'IRCAM, qui s'inscrit dans une perspective démocratique, de standardiser à partir des trois variétés dialectales de l'amazighe en usage au Maroc, l'approche ne peut être que progressive. C'est une approche raisonnable, scientifique et objective qui prend en considération la difficulté que représente la variation à tous les niveaux de la langue. Celle-ci est en effet une réalité, un phénomène naturel qui caractérise toutes les langues, notamment celles qui sont dites à tradition orale, une richesse qui nécessité néanmoins d'être gérée.
- il est prioritaire de standardiser l'écrit et de laisser la liberté de prononciation dans une première étape. D'ailleurs, même les langues qui ont été standardisées depuis des siècles connaissent de grands écarts entre l'écrit et les réalisations phonétiques correspondantes. Le cas du français et de l'arabe standard est édifiant à cet égard. Le même énoncé est réalisé différemment selon que le locuteur est par exemple un marocain, un irakien ou un égyptien.
- la standardisation de l'amazighe est à construite dans le temps avec l'adoption d'une stratégie à court, à moyen et à long terme. Le court terme est déjà réalisé : il s'agit de la codification de la graphie tifinaghe, de la délimitation des phonèmes de l'amazighe standard et de la définition des règles d'orthographe.
Le moyen terme est la réalisation d'un dictionnaire de l'amazighe fondamental et d'une grammaire, actions en cours de réalisation.
A long terme, et c'est l'objectif à atteindre, une langue totalement standardisée avec un dictionnaire de langue en amazighe et une grammaire de référence en amazighe.
C'est donc une standardisation progressive ; car l'aménagement d'une langue se fait sur plusieurs années sinon sur plusieurs décennies. L'aménagement des langues européennes, donné comme exemple ci-dessus, a demandé des siècles, mêmes pour les langues dont l'unification est partie d'un parler, comme c'est le cas du français.
* Centre de l'Aménagement Linguistique. (IRCAM)
Fatima BOUKHRIS*
Salam !
merci pour cet article tres intéressant c vrai qu'avec les 3 dialectes qui ont tt de même des similitudes il est difficile d'établir UNE LANGUE COMMUNE:-) mais la standardisation progressive est peut-être une solution...le temps ns en dira un peu plus en attendant je vous invite à lire cet article ;-)
[ Edité par soussia le 24/3/2004 21:18 ]
Juste pour te rectifier soussia c'est langue commune car l'amazigh est une langue a part entiere contrairement a ce qu'on peut faire croire
exact lahcen je voulais mettre UNE LANGUE commune en fonction des 3 DIALECTES merci :-)
Vers la standardisation de l'amazighe par l'école
Entretien avec Prof. Boudris Belaid
Directeur du Centre de la Recherche Didactique
et des Programmes Pédagogiques
à l'IRCAM.
Trois manuels scolaires pour l'enseignement de la langue amazighe, totalement écrits en caractères berbères, tifinagh, viennent d'être publiés et présentés à la vente sous les auspices du Ministère de l'Education Nationale et la Jeunesse en collaboration avec l'Institut Royal pour la Culture Amazighe (IRCAM), il s'agit de trois manuels scolaires pour trois régions Nord, Centre et Sud. On reconnaît le manuel du Sud à la couleur jaune, celui du Nord à la couleur bleue. L'alphabet amazighe comporte 33 lettres contre 31 pour le français et 34 pour l'arabe. Dans la transcription des caractères tifinaghes, il s'agit d'une version simplifiée inspirée d'expériences précédentes dans d'autres langues avec un orthographe simplifié et efficace. Les cours de la langue amazighe qui avaient commencé, au niveau national depuis le début de l'année scolaire 2003/2004 dans 345 écoles dont quelques dizaines à Casablanca assurés par 1.200 enseignants et 25 milles élèves s'étaient passés de manuels jusqu'à la semaine dernière. Néanmoins, les enseignants disposaient de fiches pédagogiques en attendant les manuels qui n'avaient été soumissionnés par les éditeurs qu'au mois de décembre 2003. Il y a lieu de noter que l'année prochaine le nombre des élèves et des enseignants devrait atteindre le triple du nombre actuel. M. Boudris Belaid, Directeur du Centre de la Recherche didactique et des Programmes Pédagogiques à l'Institut Royal de la Culture Amazighe nous donne ci-après quelques précisions:
Q: Comment en est-on arrivé à cette nouvelle matière enseignée avec un retard de plus d'un trimestre pour le manuel?
R: Le processus a commencé par l'élaboration d'un programme concrétisé dans une brochure comportant une fiche pédagogique pour activité orale qui s'appelle “awal inu” ce qui veut dire “ma langue”. Cela a meublé tout le premier trimestre. Auparavant il y a eu la formation des inspecteurs et des enseignants, cette formation a été axée sur l'aspect linguistique, civilisationnel et littéraire. Les fiches pédagogiques de l'activité orale comportaient de petits dialogues, des orientations, des indications, soit en tout une sorte de mode d'emploi.
Par contre, le manuel scolaire qui s'intitule tifawin a tamazight autrement dit “bonjour tamazight” commence par l'image qui peut être sujet de questions et d'observations.
L'enseignant est appelé à poser des questions sur les composantes de l'image, personnage, situation, événement, etc... c'est un moment d'observation et de mise en situation en même temps. Aprés, il y a un dialogue qui vise la compétence d'expression et de communication. Les dialogues portent sur différents thèmes et visent différentes compétences. Par exemple se présenter et présenter les autres, décrire, informer, etc... il y a aussi les thèmes visant à développer chez l'élève le sens de la citoyenneté du respect de l'environnement, le respect des autres, la valorisation du travail, etc... Activité du graphisme, moment réservé à l'apprentissage de la graphie amazighe d'une façon progressive.
Autre composante est l'activité de lecture qui prend comme point de départ une phrase clef tirée du dialogue à partir de laquelle l'enseignant essaie de développer les compétences chez l'élève.
Ajouter à cela quelques exercices de grammaire implicite et de conjugaison, des acitivités ludiques soit sous forme de comptines, mots croisés, soit des devinettes.
Ensuite, il y a l'évaluation et la préparation à la séquence qui suit.
Q: Combien d'élèves sont concernés par cet enseignement?
R: Il y a pour cette année 25 mille élèves de première année primaire dispatchés sur toutes les académies et toutes les délégations. Le choix est fait suite à la décision des autorités centrales du ministère de l'Education Nationale et de la Jeunesse.
Q: A-t-on pensé à l'enseignant?
R: On compte beaucoup sur l'apport de l'enseignant. On doit le doter d'outils nécessaires tout en sachant que la réussite du cours de l'amazighE dépend fondamentalement de la contribution personnelle de chaque enseignant qui est le planificateur sur qui repose la réussite de l'enseignement de l'amaizghe.
Q: Concernant l'élève comment doit-il affronter cette nouvelle matière devant la surcharge du programme?
R: Dans le cas de l'amazigh, il y a deux choses à retenir. D'abord ce qu'on appelle les pré-requis chez l'enfant amazighophone qui est une dimension à exploiter au maximum. Parceque cela renforce les acquis en famille parallèlement à l'apprentissage de l'école. Il y a l'importance du milieu social. Toutes les activités visant l'autonomie de l'élève trouvent dans ce milieu social l'occasion propice pour leur accomplissement.
Nous aurons droit, dans ce cas, à un va-et-vient entre l'école et le milieu social. De ce fait cela active le rôle social de l'école.
Pour les écoliers arabophones, le cours de l'amazigh est une occasion pour compléter l'image culturelle du Maroc. Le milieu joue le même rôle dans la mesure ou l'élève a toujours un ami ou un voisin qui parle amazighe et cela consititue une sorte de bain linguistique pour l'élève. En général, il faut envisager le cours comme une dynamique aussi bien scolaire que sociale. Il s'agit d'une redéfinition de la culture par l'école.
La lourdeur du programme est trés relative. Tout ce qui sort de l'intérêt national et immédiat de l'élève est généralement difficile à comprendre. Toutes les approches pédagogiques préconisent une progression et un élargissement des centres d'intérêts qui va du concret de l'immédiat vers l'abstraction et l'universel. Si on ajoute à celà qu'il y a des méthodes qui incitent l'élève à s'exprimer et à mener des activités autonomes, on comprendrait que le cours de l'amazighe est une occasion pour donner un sens social et concret à la mission de l'école et cela devient une motivation. A Rabat, nous avons effectué des visites à l'école Youssoufia et nous avons constaté combien les élèves étaient enthousiastes et motivés pendant le cours de l'amzighe.
Q: On ne parle plus dialectes mais d'une seule langue amazighe, alors qu'il y a des divergences constatées d'une région à l'autre?
R: En réalité, il s'agit d'une même et seule langue enseignée dans toutes les régions, mais avec la prise en considération du parler de chaque élève. Et cette position est dictée par deux facteurs. Le premier, c'est qu'il ne faut pas qu'il y ait rupture entre la langue parlée par l'élève et la langue enseignée. Mais il ne faut pas non plus que l'école consacre une forme de dialecte. L'une des missions de l'école est de donner l'occasion à la langue de se développer, de se diversifier et de s'enrichir.
Deuxième facteur est la standardisation de la langue amazighe passant par des décisions qui nécessitent des recherches, des enquêtes et cela prend du temps. Mais déjà nous avons fait des efforts considérables pour rapprocher les différens parlers. Et ceux qui ont fait l'expérience de passer d'un manuel à un autre vont constater cette unité profonde de la langue amazigh et par la même occasion l'effort considérable fourni dans ce processus de standardisation.
Les divergences qu'on peut constater encore aujourd'hui d'une région à une autre proviennent du fait que la langue n'était ni écrite, ni enseignée. Divergences tout à fait normales car elles existent dans toutes les langues qui accusent une forte différente entre l'orale et l'écrit. La standardisation passe par le dégagement de la complémentarité entre les différents parlers. Cette complémentarité permet au cas ou un mot se perd d'en trouver un autre dans une autre région. Cette complémentarité donne l'occasion à une richesse lexicale soit sur le plan des synonymes ou sur le plan des détails, des nuances. Pour prendre un simple exemple, il existe plusieurs mots berbères pour désigner le sable du désert sous une infinité de nuances à partir du mot “iguidi.”
En réàlité, ici, il s'agit d'un seul manuel en trois versions qui constituent un pas vers une standardisation et une normalisation rationnelle et très bien réfléchie.
Propos recueillis par Said FOULOUS.
L'OPINION: 17/03/2004
est ce que vous pensez vraiment que la standardisation soit une bonne idée?
je trouve que c'est une idée a exclure absolument !! standardisation=perte de la richesse des diferentes LANGUE et non "DIALECTES"!!(je n'aime pas ce terme)
j'y tiens encore a notre tachelhite!!! :-D
Je pense que la standardisation de la langue berbère est la seule solution pour la sortir de l'ombre
Cotrairement a ce qu'on peut penser, ca sera pas une perte de dialecte mais une langue riche avec un mot satandard et les autres des synonymes comme la langue francaise
voila je pense que c'est la mission de l'ircam actuelement et j'espere inchaalah que ca va aboutir.
C'est un moyen de sortir de l'ombre effectivement la standardisation permettra de communiquer du nord au sud mais bien entendu à qui se penchera sur celle-ci car je pense particulièrement à nos familles qui elles garderont la langue "pure" donc tt cela concerne principalement les enfants qui vont à l'école et qui apprennent le berbère.
Azoul
moi je suis pour une internalisation de tamazighte
il faut prendre en considiration qu il des amazighs aussi hor du maroc( pour qu un marocain peut parler a un algerien ,touareg...........)
l elargissement mene a l enrichissement
tanmirte
agouram tu es fort tanmirt nk aguma, je suis fière des amazighes comme toi..............
ajlwaw a écrit*:
agouram tu es fort tanmirt nk aguma, je suis fière des amazighes comme toi..............
merci mon ami mais je n'ai aucun merite je ne fais que transmettre des textes et des articles qui ne sont pas toujours de moi .
oui je sais mais c'est déja pas mal le travail que tu fais pour chercher et trouver ce qu'il faut lire, ce que nous conserne...c'est pour ça que je te felicite mon ami tanmirte
momodetiznit a écrit*:
je trouve que c'est une idée a exclure absolument !! standardisation=perte de la richesse des diferentes LANGUE et non "DIALECTES"!!(je n'aime pas ce terme)
j'y tiens encore a notre tachelhite!!! :-D
jsuis complètement d'accord avec toi momo!
je pense que cette standardisation aura un effet nefaste sur les différentes "langues"...
parce qu'il ya des mots qui sont différents d'une region à l'autre , des expressions différentes et tous ces ptits trucs spécifiques à une region ou a une autre risquent d'etre perdus...
et je ne sais plus qui parlait de la transmission par les parents (excuz moi g oublié ton pseudo!) je pense pas ke ca puisse marcher (enfin pas sur un grand laps de temps)...pck deja que moi qui vis ici en fce je parle mieux tachlhit que certains de mes cousins du bled à qui les parents parlent arabe ou meme chleh mais sfrghnt koulo!
la transmission de parents à enfants ne suffit pas c sur mais pour moi la standardisation n'est pas une solution!
:-)
[ Edité par nani le 2/4/2004 20:30 ]
oui exact nani,tu as bien devellopé le fond...:-),je suis d'accord avec toi...
Pour nos enfants incha allah c'est a nous de faire les efforts que nos parents ont fait aussi pour nous,mais je pense que ca sera un peu plus difficile...mais y'a pas de raison que l'on n'y arrive pas.
Publication dans le cadre d'un programme de recherches scientifiques : deux ouvrages sur la grammaire de l'amazigh et celle de l'arabe marocain
Deux ouvrages «Grammaire de l'Amazigh» et «grammaire de l'arabe marocain» viennent d'être publiés par la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines «Dar El Mehraz» de Fès (Université Sidi Mohammed Ben Abdallah) Ces ouvrages écrits en langue anglaise s'inscrivent dans le cadre du programme de recherches scientifiques (PARS).
Edité par les professeurs chercheurs Fatima Sadiqi et Moha Ennaji, le premier ouvrage «grammaire de l'amazigh» traite, dans les trois chapitres portant sur «la phonologie, la morphologie et la syntaxe», des divers aspects de la grammaire amazigh dans une perspective descriptive et comparative.
Les auteurs explorent les phénomènes linguistiques relevant de trois axes principaux de la phonologie, la morphosyntaxe et la sémantique afin de présenter des propositions destinées à remédier à la problématique de la variation linguistique et à évaluer ses implications pour la standardisation de la langue amazigh dans la perspective de son enseignement dans les écoles.
Les descriptions qui ressortent dans ce travail de recherche s'appliquent directement aux parlers d'»Ait Hassan» et de «Ait Bouzid» (régions d'Azilal et de Beni Mellal).
Partant de l'hypothèse que la structuration grammaticale est sous-jacente à tous les parlers amazighs, les auteurs signalent que les descriptions effectuées dans cet ouvrage peuvent être appliquées d'une façon générale à l'ensemble des parlers Amazighs. Les différences de surface sont généralement d'ordre phonologique (prononciation) et lexical (vocabulaire).
L'apparente diversité des dialectes Amazighs cache une unité grammaticale étonnante. Pour les auteurs, le but de cette recherche est de mettre ce constat en évidence et de contribuer à la standardisation de l'Amazigh.
Cet ouvrage a également d'autres objectifs essentiels notamment, initier les lecteurs aux composantes grammaticales de l'Amazigh, contribuer aux travaux qui visent à adapter l'Amazigh aux analyses informatiques modernes et enfin présenter les principaux critères à prendre en considération dans l'enseignement de cette langue.
Par ailleurs, le second ouvrage intitulé «Grammaire de l'Arabe Marocain» édité par Moha Ennaji, Ahmed Makhoukh, Hassan Es-Saiydi, Mohamed Moubtazzime et Souad Slaoui explorent les divers aspects linguistiques de l'arabe marocain (darija) dans une perspective comparative.
Cet ouvrage se propose d'étudier la problématique de la grammaire et d'évaluer ses implications pour l'étude linguistique et l'usage pratique de la langue.
Ce travail qui n'est pas basé sur une théorie linguistique bien définie mais qui s'inspire en grande partie du modèle de la grammaire générative de Noam Chomsky, a une approche descriptive.
Partant de comparaisons et parallélismes révélateurs, les auteurs révèlent que l'arabe marocain est une langue riche en ce sens, qu'elle contient un très grand nombre d'entrées lexicales, de structures et d'expressions morpho-syntaxiques au même titre que l'arabe standard ou l'anglais.
Le but principal de ce travail est de fournir une étude systématique des composantes de la grammaire de l'arabe marocain, en focalisant l'attention sur des faits linguistiques qui ont été jusque-là ignorés ou négligés par les chercheurs.
La publication a pour but de faciliter le processus d'apprentissage de l'arabe marocain par les étudiants étrangers, ainsi que par les linguistes et chercheurs.
source : le matin.ma
Conférence de presse à l’IRCAM
Standardiser progressivement la langue amazighe
Dans le cadre de sa politique de communication et d’ouverture sur son environnement, l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) a organisé le mercredi 31 Mars 2004, à 10 heures, au siège de l’Institut, une conférence de presse à laquelle ont été conviés les journalistes de différents organes d’expression. Cette manifestation vient suite à la publication du manuel scolaire « Tifawin a tamazighte », relatif à l’enseignement de la langue amazighe.
Ont été invités à cette conférence, en plus des représentants de la presse nationale, des membres du Conseil d’administration (CA), le Secrétaire général, les Directeurs des centres de recherche et les chercheurs de l’Institut. Etaient aussi présent lors de cette activité deux cadres du Ministère de l’Education Nationale et de la Jeunesse (dont le représentant de ce Ministère au sein du CA) et le représentant du Ministère de la Communication au sein du CA.
Dans son allocution d’ouverture de la conférence, M. Ahmed Boukous, Recteur de l’IRCAM, a tenu à remercier les personnes qui ont répondu à l’invitation de l’Institut et a souligné que la rencontre s’inscrivait dans le cadre de l’établissement d’une communication avec la presse nationale, en l’occurrence la presse écrite.
M. le Recteur a ajouté que le but de la conférence était de permettre à l’IRCAM d’informer, par le biais de la presse, l’opinion publique quant à la vision qui préside aux activités de l’institution. Cette dernière a pour mission d’œuvrer à la promotion et au développement de l’amazighité conçue comme affluent fondamental de la culture et de l’identité nationales, conformément aux Hautes orientations contenues dans les discours du souverain, notamment le discours du trône 2001 et le discours d’Ajdir, au Dahir Royal créant et organisant l’IRCAM, et s’inspirant de la littérature du Mouvement Culturel Amazighe.
M. Ahmed Boukous a également affirmé que l’IRCAM est une institution moderniste dont les activités s’inscrivent dans le cadre de l’édification d’un projet de société démocratique et moderniste. Un projet caractérisé par l’articulation dialectique entre la culture et le développement durable.
Les interventions et les interrogations des journalistes ont porté sur la conception qui a gouverné le manuel scolaire élaboré et réalisé par l’IRCAM, la distribution de ce dernier au sein des établissements scolaires, le processus de standardisation qui le sous-tend et les réactions critiques qu’il a suscitées. Les représentants de la presse ont soulevé aussi le problème des relations entre l’IRCAM et le MENJ, la question de la représentativité régionale au sein de l’Institut et le rapport entre l’IRCAM et le tissu associatif amazighe.
Ont répondu à ces interrogations, en plus du Recteur de l’Institut, MM. Boudris Belaïd (Directeur du CRDPP), M’hamed Baghdadi et Mme Meriem Demnati (Chercheurs au CRDPP), Mehdi Iazzi (chercheur au CAL) et Ahmed Assid (chercheur au CEAELPA). Ils ont tous apporté des éclaircissements relatifs à la démarche progressive adoptée au niveau de la standardisation. Une standardisation tenant compte de la pratique vivante de la langue amazighe appelée à être unifiée de manière graduelle et convergente à partir de ses trois grandes variantes. Des réponses ont été également apportées quant à la nature des responsabilités de l’Institut et du MENJ et aux relations qui existent entre la création de l’IRCAM et les revendications du Mouvement Amazighe.
A la fin de la conférence, M. Ahmed Boukous a pris la parole pour remercier les journalistes et rappeler que l’IRCAM est une institution nationale, qui vient de démarrer il y a seulement un an, confrontée à des difficultés objectives et a invité les représentants de la presse à s’intéresser davantage aux travaux et activités des centres de recherche dont les portes leurs sont ouvertes. M. le Recteur a aussi affirmé que les responsables de l’IRCAM sont conscients des dysfonctionnements de l’institution et que le Conseil d’administration, à travers ses commissions, se penche sur ces questions pour y apporter les réponses adéquates et permettre à l’IRCAM de jouer son plein rôle, conformément aux missions qui lui sont assignées.
Mohamed Moukhlis UERC
Salam !
merci pr le compte rendu :-)
Il vont finir par croire qu'on est jamais content nous les chleuhs !!
Mais bon ya des pts sur lesquelles il ne fo pas plier !!!! :-x
Tamazight entre standardisation et dialectisation
«Da kkaten tabarda zrin aghyul»
Par: Moha Moukhlis
L'amateurisme et l'opportunisme politique constituent des dangers réels pour toute action relevant de la recherche scientifique. C'est le cas justement pour le processus de standardisation de la langue amazighe. Les débats agités et les positions étriquées motivés par l'amateurisme et la cécité intellectuelle risquent de créer une atmosphère gênante et voiler les vrais problèmes.
Voici que l'Institut Royal de la Culture Amazighe vient de publier le manuel scolaire de la première année du primaire dans les trois grandes variantes dialectales de la langue amazighe. Le Centre de la Recherche Didactique et des Programmes Pédagogique qui a supervisé l'opération est montré du doigt. On lui fait endosser la responsabilité d'entériner la vision officielle qui consiste à morceler la langue amazighe et d'empêcher sa standardisation et son unification. Les mêmes personnes qui ont critiqué les manuels édités par l'IRCAM ne se sont pas prononcées sur les manuels publiés par la Fondation BMCE et qui sont élaborés dans la même perspective.
En fait, les manuels publiés par l'IRCAM s'inscrivent dans un processus d'évolution et d'homogénéisation progressifs de la langue amazighe. Leurs choix ont pour dessein d'éviter d'enseigner une «langue de laboratoire», coupée de la pratique des locuteurs, une langue «fabriquée» et en déphasage par rapport à un amazigh vivant et parlé.
Car on oublie souvent de souligner que le processus de standardisation d'une langue nécessite du temps et s'inscrit dans une démarche à la fois pédagogique et sociale. On oublie également de souligner que l'école, actuellement, ne peut pas être le seul canal pour la standardisation de l' amazigh.
Le choix d'une standardisation progressive relève du réalisme. La variation linguistique est un phénomène universel. La norme rigide et définitive relève de l'utopie. Ce serait une option qui va à l'encontre de l'évolution naturelle de la langue qui est d'abord la propriété des locuteurs. La langue n'est pas un objet figé. C'est un système qui s'inscrit dans une contingence historique, en perpétuel changement. Vouloir l'oublier relève de la démagogie et de l'amateurisme. Un feu d'artifice destiné à attirer l'attention sur soi pour voiler ses propres contradictions.
Il y a lieu de distinguer entre les principes de la revendication amazighe qui restent constants et communs et leur concrétisation dans la réalité. De toutes les façons, ceux qui ont critiqué l'Ircam ne se sont pas donnés la peine de proposer une alternative ou des solutions de rechanges. Les manuels de l'Ircam peuvent être critiqués «objectivement». Ils ne sont ni sacrés ni parfaits. Leur évaluation est un processus continu.
En fait, le véritable problème réside ailleurs. Pour apporter des réponses sérieuses et responsables à l'enseignement de l'amazigh, il est impératif que soit créé des structures adaptées à cet objectif au sein des centres de formations du Ministère de l'Éducation Nationale. Elles seront chargées d'élaborer des modules de formation en amazigh étalés sur deux à trois années. Ces structures doivent former les promotions des enseignants de l' amazigh en leur inculquant les différentes variantes pour les armer et les préparer à mieux gérer leurs classes, forcément hétérogènes.
A lui seul l'Ircam, en publiant ses manuels, a relevé un défi en raison du nombre réduit des chercheurs qui ont élaboré les manuels et du temps qui leur est imparti. Et à lui seul, dans l'état actuel des choses, il ne peut pas apporter toutes les solutions aux problèmes que pose l' amazighité et aux attentes des citoyens.
Pour que l' amazighité avance, il est impératif que chaque Ministère et institutions de l'Etat marocain créent en leur sein des structures autonomes (Directions, Services, Département...) relatives à l' amazigh. Des structures dotés des besoins humains suffisants, de locaux, de la logistique et du budget adéquat.
Si la critique est souhaitable, elle doit bénéficier d'un minimum de réflexion pour être crédible. Autrement, elle relèverait d'un «mijotage» stérile où les ambitions personnelles passent avant la cause amazighe. Comme le dit si bien le proverbe amazighe: « Da kkaten tabarda zrin aghyul».
Salam !
merci pour cet article
ensuite pour ce qui est de ce passage je reste sceptique mais bon il y a toujours une once d'espoir persévérance...
Pour que l' amazighité avance, il est impératif que chaque Ministère et institutions de l'Etat marocain créent en leur sein des structures autonomes (Directions, Services, Département...) relatives à l' amazigh. Des structures dotés des besoins humains suffisants, de locaux, de la logistique et du budget adéquat.
Unification de la langue amazigh au Centre Tariq Ibn Zyad
Une standardisation graduelle
Par Abdallah Ben Ali
Le dialecte amazigh tel qu’il est parlé au Rif n’est pas celui du Souss. Et celui de l’Atlas diffère à plusieurs égards des deux premiers. Si des liens de parenté existent, les variations d’une région à une autre sont nombreuses. Au moment où le mouvement amazigh réclame à cor et à cris l’enseignement de cette langue, la nécessité de standardiser cette langue se fait de plus en plus sentir.
Le Centre Tariq Ibn Zyad d’études et de recherches a eu le mérite de poser le débat le 3 octobre dernier à Rabat. Le thème de “La standardisation de la langue amazighe " tel qu’il a été abordé par le Professeur Abdellah Bounfour, enseignant de littérature amazighe à l’Institut national des langues orientales à Paris, a gagné en clarté et en objectivité. Loin des élans passionnels qui prêchent parfois des “vérités " qui n’ont pas lieu d’être.
Sensibilité
Avant tout généraliser une langue suppose sa standardisation. La France n’a-t-elle pas opté pour le dialecte de l’Île de France et de la Loire pour le généraliser à tout le pays ? Or, celle-ci est loin d’être une mince affaire. La mener rondement revient à mobiliser des moyens humains et matériels conséquents pour pouvoir saisir sur le vif le langage utilisé par les Amazighs dans différentes régions et localités. C’est à ce prix que l’on peut définir un référentiel linguistique, composé d’un lexique, d’une phonétique, d’une grammaire, partagé par toutes les entités concernées, exportable vers tous ceux qui veulent apprendre cette langue. Le Pr. Bounfour dresse une liste de constats concernant le Maroc. Au premier abord, il n’y a pas d’unicité de la langue. Et ce, bien que dans un sens structural, linguistique et grammatical il s’agisse d’une seule langue. En outre, il existe différentes variantes tant au niveau du sens, de la phonétique qui empêchent une intercompréhension entre des personnes de régions différentes. Le chercheur a enfin insisté sur le fait que la standardisation n’est pas une affaire de techniciens. “Fabriquer une langue dans un laboratoire me semble aberrant", a-t-il ajouté. Ce principe devrait déboucher sur la “naturalité de la langue". Une langue standardisée ne peut être vivante, appropriée par les habitants, si elle n’est issue du dialecte quotidiennement utilisé.
Cette constatation poussera le Pr. Bounfour a formuler un paradigme essentiel. L’obligation de standardiser l’amazigh dialecte par dialecte. La tâche n’est pas de tout repos. Des problèmes de variations des termes, des sens, des prononciations et même de néologisme ou de grammaire sont des écueils sérieux qu’il faut surmonter. L’auteur préconise un ensemble de démarches méthodologiques pour surmonter ces obstacles. Le linguiste devra avoir toujours à l’esprit qu’il faut éviter de créer une langue morte-née car non parlée. Pour qu’une langue puisse vivre, il faut qu’elle soit déjà vivante
A propos de la standardisation: Uniformiser ou diviser tamazight?!
Lahbib Fouad
Le Centre Tarik Ibn Zyad pour les études et la recherche a organisé une conférence-débat le 3 octobre dernier à Rabat sur le thème de la standardisation de la langue tamazight, présenté par le Professeur Abdellah Bounfour, enseignant à l'Institut National
Le Centre Tarik Ibn Zyad pour les études et la recherche a organisé une conférence-débat le 3 octobre dernier à Rabat sur le thème de la standardisation de la langue tamazight, présenté par le Professeur Abdellah Bounfour, enseignant à l'Institut National des Langues Orientales (INALCO) à Paris.
Dans cet article, bien que je ne partage aucune des assertions avancées par le conférencier, je n'ai pas l'intention de revenir sur tous les points qu'il a soulevés dans son intervention. Je souhaite simplement poser certaines interrogations au sujet de la langue tamazight et de son devenir.
Dès le début de son intervention, Mr. Bounfour a tenu à rappeler et préciser qu'il va utiliser le qualificatif "berbère” au lieu de tamazight!! En avançant pour argument, l'usage du mot "berbère“ dans les milieux "scientifiques"!! La persistance à utiliser la dénomination "berbère" par le conférencier est perçue par nombreux amazighs comme une volonté de perpétuer la tradition colonialiste qui, elle même a changé depuis que Larousse a introduit les mots amazigh et tamazight en 1998 dans son dictionnaire!! La vraie raison qui pousse Mr. Bounfour à utiliser quand même le péjoratif "berbère" est le fait que dans son approche dialectalisante, tamazight risque de faire penser au parler du Moyen Atlas marocain. Et, comme le conférencier appartient sûrement à un autre accent régional, et qu'il plaide par ailleurs pour le choix d'un "dialecte" pour référentiel standard, Mr. Bounfour a finalement opté pour le terme "Berbère" et ce pour dissimuler son approche régionaliste et dialectalisante. Pourtant cet amalgame est depuis longtemps dépassé par le mouvement amazigh ainsi que par l'ensemble des habitants de l'Afrique du Nord!!
Juste après sa précision "berbérisante", Mr. Bounfour a donné une définition de la standardisation pour le moins que l'on puisse dire médiévale et subjective. C'est selon lui "choisir un référentiel dialectal" qui, par la suite sera généralisé... Pour illustrer son opinion, il rappelle que la langue française est construite sur le parler de l'Ile de France imposée au reste des français!! Une politique linguistique du moyen âge serait-elle valable encore aujourd'hui?! En ce domaine, la science et le savoir n'ont pas évolué depuis?! Le cas du français peut-il être un modèle valable aussi pour tamazight?! le même modèle qui a imposé l'arabe au détriment de tamazight en Afrique du Nord!?
Pourtant, le problème n'est pas de choisir et d'imposer un "dialecte" donné au reste des imazighen!! Il s'agit bel et bien de la logique la plus adéquate pour ECRIRE les "dialectes" les plus représentatifs conformément à une orthographe grammaticale standard et uniforme, partout où tamazight est parlée. Ensuite, comme pour toutes les langues, les locuteurs amazighophones garderaient leurs accents respectifs sans pour autant que l'écrit change d'une région à une autre. Un francophone canadien prononce-t-il le français comme à Paris, aux Antilles ou aux Iles Maurice?? N'est ce pas que c'est l'écrit qui est commun à toute la communauté francophone??
Comme pour dissimuler le vrai problème que soulève toute standardisation, Mr. Bounfour, pendant toute son intervention, n'a à aucun moment cité le mot ECRITURE ni celui de TRANSCRIPTION encore moins celui de GRAPHIE comme s'il s'agissait de standardiser les réalisations phonétiques dialectales!! Rien que pour ça, je doute même des compétences de notre "éminent" professeur en le sujet qu'il a fait semblant de traiter... C'est par la suite, pendant le débat et en réponse à une question posée au sujet du "choix" du caractère, que Mr. le conférencier a avancé une de ses dernières spéculations en la matière en affirmant: "tamazight peut démocratiquement s'écrire en trois graphies différentes" en insistant sur le caractère démocrate des "berbères"!! Avancer cette absurdité, c'est mépriser et sous-estimer la langue tamazight. C'est une volonté suspecte de vouloir enfermer tamazight dans ce ghetto de "dialecte" impropre à tout enseignement, en se rangeant par ailleurs aux cotés de ceux qui pensent toujours que les imazighen sont éternellement incapables de prendre en charge leur culture et le devenir de leur langue!! C'est d'autant plus aberrant qu'une négligence d'une telle taille est affirmée par quelqu'un qui se veut "scientifique"!! Comment, lorsque on prétend analyser les voies de la standardisation de tamazight on n'est même pas capable de décider de la graphie susceptible de réaliser cette opération?! Comment est-ce possible d'écrire une langue en trois différents caractères, si ce n'est insulter l'intelligence des imazighen et se moquer de leur langue?!! N'est-ce pas qu'une langue écrite respecte les normes exigées par sa grammaire qui dicte son orthographe selon la graphie utilisée?? N'est-ce pas que dans une langue comme le cas du français les mots tels: "sot, seau, seaux, sauts, saut...", bien qu'ils se prononcent de la même manière n'ont de sens que lorsqu'ils sont écrits en graphie latine, et ne peuvent être déchiffrés que par ceux qui ont appris le français à l'école!! Amusez-vous à retranscrire ces vocable en graphie arabe ou autre, le résultat est décidément plus que méprisant vis-à-vis du français!!
Aussi, dès le début de son intervention, Mr. Bounfour a tenu à préciser qu'il existe plusieurs langues "berbères"!! sans pour autant en préciser le nombre. Et, tel un Don Quichotte, ne trouvant pour argument que d'affirmer: "si un chleuh ne comprend pas un habitant de Jerba, c'est qu'ils ne parlent pas la même langue!! En suivant ce "raisonnement" absurde, nous en déduisons que: "lorsque un québécois ne comprend pas les propos d'un malgache c'est qu'ils ne parlent pas la même langue, quoique qu'ils utilisent le français"!!
Mr. Le professeur! une même langue est celle régie partout où elle est parlée par la même grammaire et par un fond lexical commun. Les réalisations phonétiques régionales ou continentales ne peuvent rien changer à cette définition. Ainsi, de Tiznit à Zouara, de Nador à Tamenrasset, de Ifran à Siwa en passant par Tizi Ouzou et Ghedamaes, imazighen parlent la même langue, elle s'appelle tamazight. Elle est régie partout par la même grammaire et utilise le même vocabulaire! Imazighen se comprennent plus au moins entre eux Monsieur!! Et ce n'est pas parce que vous n'appréciez que tachelhit que vous allez priver les imazighen d'Agadir ou ceux de Taroudant de communiquer avec leurs frères de Figuig ou ceux de Batna!! Les moyens de communication modernes - dont internet, radio et antennes paraboliques - ainsi que les mouvements et les rencontres entre les populations amazighes ont démontré l'inter-compréhention entre les imazighen et l'unité de la langue tamazight. Que vous l'admettiez ou pas, la langue amazighe, telle qu'elle est parlée au Rif est la même que celle parlée au Souss. Et, ne diffère de celle des Atlas que par des réalisations phonétiques instables et fragiles... caduques et négligeables lorsque tamazight sera enseignée en classe.
Au moment où le mouvement amazigh réclame l'enseignement d'une langue amazighe nationale standard, Mr. Bounfour vient contre toute attente pour dialectaliser encore plus tamazight, et semer la division entre les locuteurs d'une même et seule langue, exactement comme faisaient, sinon pire, les éthno-linguistes-colonialistes fondateurs de son école. De ce fait, notre "éminent" professeur n'a pas changé d'un iota ce que ses maîtres orientalistes ont écrit au sujet de tamazight dès les premières années de colonialisme en Afrique du Nord.
Le conférencier a tout de même proposé de "standardiser dialecte par dialecte"!! et préconise pour cela un ensemble de "démarches" illustrées par des "exemples" pour le moins que l'on puisse dire déplacés et hors sujet. Dans le cas de la terminologie par exemple, il prétend qu'il faut retenir pour nos dictionnaires les termes " Tatbirt " et " Titbirt ", malgré leur différence morphologique, car estime-t-il, les deux termes sont en usage dans la langue parlée!! Mr. Bounfour ignore peut-être que selon la règle grammaticale retenue pour la langue standard, une des deux formes citées est forcément erronée. Et, malgré son usage dans le langage parlé, la forme ne respectant pas la règle établie, ne doit en aucun cas figurer dans le dictionnaire que s'il s'agit d'un autre vocable à valeur sémantique différente. De même, dans le cas du pluriel, le conférencier ne savant vraiment pas à quel saint se vouer s'interroge: "... dans le cas du pluriel, lequel retenir, le pluriel en (awen) ou le pluriel en (en)"?!. L'on comprend alors pourquoi un agrégé en arabe ne pourra jamais être utile pour standardiser tamazight. Car, jamais il n'admettra qu'en tamazight, comme pour toute les langues respectables, c'est l'orthographe d'un substantif au singulier qui détermine le cas de son pluriel et indique la prononciation de la désinence qui lui est attribuée.
Lahbib Fouad
Bron:
Twizakrant Nummer 56
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Entretien avec Aïcha Bouhjar linguiste : «L'injection massive de néologismes risque de perturber le décodage du message»
Aïcha Bouhjar, linguiste, chercheur au Centre de l'aménagement linguistique à l'IRCAM brosse le bilan des études concernant les lexiques amazighes. Entretien.
Quel bilan pouvez-vous dresser des études lexicologiques amazighes au niveau national ?
Avant de répondre à votre question, il me semble qu'une mise au point d'ordre terminologique s'impose. Lorsque l'on s'intéresse au lexique (c'est-à-dire à l'ensemble des unités significatives ou des lexies ou plus communément encore des «mots» d'une langue), on distingue la lexicographie, qui a pour objet la confection de dictionnaires, de la lexicologie, branche de la linguistique qui étudie les propriétés des unités lexicales de la langue.
Ces disciplines sont complémentaires : la lexicographie fournit la matière (le corpus) à la lexicologie et la lexicologie alimente la réflexion théorique sur les problèmes posés par l'élaboration des dictionnaires. En ce qui concerne maintenant le bilan des études lexicologiques amazighes, celles-ci accusent en général, de l'avis des chercheurs amazighisants nationaux et étrangers, un retard assez important comparativement aux productions lexicographiques et aux recherches qui portent sur la phonie, la morphologie et la syntaxe.
On peut toutefois relever des études ponctuelles sur la question entreprises par les linguistes amazighisants de renommée internationale; de même que l'on peut mentionner l' «Essai de lexicologie amazighe» de Seghoual (tome I de la thèse d'Etat soutenue en 2002, non publiée). Reste que l'analyse scientifique du lexique est à peine amorcée.
Par contre, un saut qualitatif énorme a été accompli ces dernières années au Maroc en matière de productions lexicographiques avec les dictionnaires de Taïfi (1991) et de Chafik (1993-2000) ainsi que les travaux académiques de Oussikoum (1995, dictionnaire non publié) de Azdoud (1997, lexique non publié) et de Seghoual (2002, dictionnaire non publié). Le dictionnaire de Chafik se veut représentatif de la langue amazighe dans toute sa diversité (sans indication topolectale) alors que les travaux de Taïfi, de Oussikoum et de Azdoud couvrent le lexique du Maroc Central et le dictionnaire de Seghoual celui du Nord.
Un ouvrage de la même envergure devrait paraître d'ici peu pour le Sud (communication personnelle de Boumalk A.). On dispose bien évidemment de quelques manuscrits, lexiques ou glossaires produits avant, pendant et après la période coloniale .
Ces travaux ne doivent pas être négligés : ils constituent, après dépouillement, une source d'information qu'il y a lieu d'exploiter dans la perspective d'une étude comparative inter-dialectale sur le plan lexical. De même que devraient être prises en considérations les études académiques des amazighisants marocains dans la mesure où les thèses et mémoires, s'ils ne traitent pas directement du lexique, comportent souvent en appendice un corpus représentatif des usages de la langue amazighe au Maroc.
Je renvoie le lecteur intéressé aux diverses synthèses, revues de la littérature ou bibliographies critiques sur la question parues notamment dans Boukous (1989, article paru dans Langue et société au Maghreb : Bilan et Perspectives - Publications de la Faculté des Lettres de Rabat), Bounfour (1991 : «La lexicographie berbère» dans l'Encyclopédie internationale de lexicographie ), Chaker (1992 : Une décennie d'études berbères, 1980-1990 : bibliographie critique, Alger : Bouchène), Bougchiche (1997 : Langues et littératures berbères des origines à nos jours - Bibliographie internationale, Ibis Press).
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