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Voir la version complète : d'où venont nous ?


Smoothcriminal
28/03/2004, 17h06
manzakounine !
j'ai une question simple mais paradoxalement mystérieuse pour moi : d'où viennent les chlehs? quelle est notre origine historique ! nous sommes les premiers marocains mais d'où venont nous ?
merci de me répondre le plus vite possible
Bsalam, irtina rbi

izorane
28/03/2004, 17h17
Azul
Imazighen au moyen âge: une grande Nation
Ibn Khaldoun (Tunis 1332, Le Caire 1406) est connu comme “Philosophe Arabe de l’Histoire” (Dictionnaire Encyclopédique de la Langue Française). Parmi ses ouvrages les plus connus on peut citer Almukaddima (Préface). Mais il légua à l’humanité ses livres sur l’histoire universelle. L’un d’entre eux est l’Histoire des Berbères et des Dynasties Musulmanes de l’Afrique Spetentrionale”. Un grand témoignage pour les valeurs et qualités des Berbères, une référence pour ceux qui s’intéressent à leur histoire.


“En traitant de la race berbère, des nombreuses populations dont elle se compose, et de la multitude de tribus et de peuplades dans laquelle elle se divise, nous avons fait mention des victoires qu’elle remporta sur les princes de la terre, et de ses luttes avec divers empires pendant des siècles, depuis ses guerres en Syrie avec les enfants d’Israël et sa sortie de ce pays pour se transporter en Ifrîkïa et en Maghreb. Nous avons raconté les combats qu’elle livra aux premières armées musulmanes qui envahirent l’Afrique; nous avons signalé les nombreux traits de bravoure qu’elle déploya sous les drapeaux de ses nouveaux alliés, et retracé l’histoire de Dihya-t-el-Kahena, du peuple nombreux et puissant qui obéissait à cette femme, et de l’autorité qu’elle exerça dans l’Auras, depuis les temps qui précèdent immédiatement l’arrivé des vrais croyants jusqu’à sa défaite par les Arabes. Nous avons mentionné avec quel empressement la tribu de Miknaça se rallia aux musulmans; comment elle se révolta et chercha un asile dans le Maghreb-el-Acsa pour échapper à la vengeance d'Ocba-Ibn-Nafè, et comment les troupes du Khalife Hicham la subjuguèrent plus tard dans le territoire du Maghreb. "Les Berbères, dit Ibn-Abi-Yezid, apostasièrent jusqu'à douze fois, tout en Ifrikïa qu'en Maghreb; chaque fois, ils soutinrent une guerre contre les Musulmans, et ils n'adoptèrent définitivement l'islamisme que sous le gouvernement de Mouça-Ibn-Noceir"; ou quelque temps après, selon un autre récit.
Ayant indiqué les régions du Désert habitées par les Berbères, ainsi que les châteaux, forteresses et villes qu'ils s'étaient bâtis, tels que Sidjilmessa, les bourgades de Taout, de Tîgourarin, de Figuig, de Mozab, de Ouargla, du Righa, du Zab, de Nefzaoua, d'El-Hamma et de Ghadems; ayant parlé des batailles et des grandes journées dans lesquelles ils étaient distingués; des empires et royaumes qu'ils avaient fondés; de leur conduite à l'égard des Arabes Hilaliens, lorsque ceux-ci envahirent l'Ifrikïa au cinquième siècle de l'hégire; de leur procédés envers les Beni-Hammad d'El-Calâ, et de leurs rapports tantôt amicaux, tantôt hostiles; ayant emntionné les concessions de territoire que les Beni-Bâdin obtinrent des Almohades dans le Maghreb, et raconté les guerres que firent les Beni-Merîn aux successeurs d'Abd-el-Moumen, nous croyons citer une série de faits qui prouvent que les Berbères ont toujours été un peuple puissant, redoutable, brave et nombreux; un vrai peuple comme tant d'autres dans le monde, tels qe les Arabes, les Persans, les Grecs et les Romains.
Telle fut en effet la race Berbère; mais, étant tombée en décadence, et ayant perdu son esprit national par l'effet du luxe que l'exercice du pouvoir et l'habitude de la domination avaient introduit dans son sein, elle a vu sa population décroître, son patriotisme disparaître et son esprit de corps et de tribu s'affaiblir au point que diverses peuplades qui la composent sont maintenant devenues sujets d'autres dynasties et ploient, comme des esclaves, sous le fardeau des impôts.
Pour cette raison, beaucoup de personnes ont eu de la répugnance à se reconnaître d'origine berbère, et cependant on n'a pas oublié la haute renommée que les Auréba et leur chef Koceila s'acquièrent à l'époque de l'invasion musulmane. On se rappelle aussi la vigoureuse résistance faite par les Zenata, jusqu'au moment où leur chef Ouezmar-Ibn-Soulat fut conduit prisonnier à Médine pour être présenté au khalife Othman-Ibn-Affan. On n'a pas oublié leurs successeurs, les Hoouara et les Sanhadja, et comment les Ketama fondèrent ensuite une dynastie qui subjugua l'Afrique occidentale et orientale, expulsa les Abbacides de ce pays et gagna encore d'autres droits à une juste renommée. Citons ensuite les vertus qui ont honneur à l'homme et qui étaient devenues pour les Berbères une seconde nature; leur empressement à s'acquérir des qualités louables, la noblesse d'âme qui les porta au premier rang parmi les nations, les actions par lesquelles ils méritèrent les louanges de l'univers, bravoure et promptitude à défendre leurs hôtes et clients, fidèles aux promesses, aux engagements et aux traités, patience dans l'adversité, fermeté dans les grandes afflictions, douceur de caractère, indulgence pour les défauts d'autrui, éloignement pour la vengeance, bonté pour les malheureux, respects pour les vieillards et les hommes dévots, empressement à soulager les infortunés, industrie, hospitalité, charité, magnanimité, haine de l'oppression, valeur déployée contre les empires de la terre, dévouement à la cause de Dieu et de sa religion; voilà, pour les Berbères, une foule de titres à une haute illustration, titres hérites de leurs pères et dont l'exposition, mise par écrit, aurait pu servir d'exemple aux nations à venir.
Que l'on se rappelle seulement les belles qualités qui portèrent au faîte de la gloire et les élevèrent jusqu'aux hauteurs de la domination, de sorte que le pays entier leur fut soumis et que les ordres rencontrèrent partout une prompte obéissance. Parmi les plus illustres Berbères de la première race, citons d'abord Bologguîn-Ibn-Zîri le Sanhadjien qui gouverna l'Ifrikïa au nom des Fatemides; nommons ensuite Mohammed-Ibn-Khazer et son fils El-Kheir, Arouba-Ibn-Youçof-el-Ketami, champion de la cause d'Obeid-Allah-es-Chîi, Youçof-Ibn-Tachefin, roi des Lemtouna du Maghreb, et Abd-el Moumen-Ibn-Ali, grand cheikh des Almohades et disciple de l'imam El-Mehdi. ... Parmi les chefs berbères voilà ceux qui possédèrent au plus haut degré les brillantes qualités que nous avons énumérées, et qui, tant avant qu'après l'établissement de leur domination, jouirent d'une réputation étendue, réputation qui a été transmise à la postérité par les meilleures autorités d'entre les Berbères et les autres nations, de sorte que le récit de leurs exploits porte tous les caractères d'une authenticité parfaite.” (Extrait du Tome I; Traduit par Le Baron de Slane et Paul Casanova, Librairie Orientaliste, Paris 1978. Pages 198-301).

izorane
28/03/2004, 17h56
AZOUL

Les imazighen de HÉRODOTE:



Par: Hassan Banhakeia (Université d’Oujda)


«Les hommes passent comme les feuilles des arbres» (Homère)

J'écris cette étude, conscient d'un fait fondamental: le lecteur amazigh n'ira pas au bout de l'expérience de la lecture sur les siens car il verra dans ces (ou ses) histoires des futilités lointaines et sans intérêt. Comme l'a bien fait Ahmed ben Khalid Nassiri dans son «Alistiqsaa». Vrai, tant de choses ont radicalement changé: la Libye s'appelle maintenant «Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste», la Tunisie et la Mauritanie ne font point figurer l'Amazigh «barbare» dans leur présentation, et l'Algérie et le Maroc… En général, l'Afrique du Nord s'appelle «mieux» Maghreb arabe… Cela est unanime, aller à l'encontre de cela, s'avère de la pure ineptie pour tout le monde. Alors, qu'a dit Hérodote depuis plus de vingt-cinq siècles?

Ici, je vais parler du texte l'Enquête d'Hérodote(1) qui traite exhaustivement des Imazighen orientaux (Egypte, Libye et Tunisie), sans prétendre aucunement avancer une étude historique ou critique, ni apporter des résultats scientifiques. Dans l'intention de poser des questions «légitimes», il s'avère indispensable pour nous, d'approcher le texte écrit par le premier historien de l'humanité afin d'y déceler surtout l'image de l'Amazigh (celle des Libyens et d'autres peuples libico-berbères cités); cette image ancienne (ou peut-être la première, gravée (écrite) dans la mémoire d'un peuple voisin (les Grecs), est fondamentale pour déterminer l'histoire des peuples nord-africains). Est-elle une image vraie? Fausse?

Cette Leçon d'histoire s'avère incontournable pour déceler l'amazighité dans ses diverses manifestations. Nous allons reconstruire (pas le récrire) le texte à partir de ce qu'il nie ou à partir de ses silences… Néanmoins, l'étude aura deux temps identiques et contradictoires: en un premier lieu, nous exposerons en vrac l'image «incomplète et incohérente» de tous les Imazighen, et dans le second nous préciserons les différentes parties de cette «image». Et dans cette analyse je vais laisser souvent le texte parler librement en vue de le dévoiler, de le commenter et de l'interroger. Les points qui m'intéressent davantage, ici, sont les suivants: l'origine ethnique, la détermination spatiale, la femme, l'organisation (sociale, politique et économique) et les échanges avec les autres peuples.

Certes, il serait peu crédible de consulter les oracles «étrangers et voyeurs» (surtout, dans notre exemple, celui d'Amun situé dans l'oasis de Siwa)(2) qui peuvent définir plus ou moins clairement l'histoire de l'Afrique du nord, mieux que nos historiens du vingt-et-unième siècle qui «fuient» encore les récits antiques fondateurs! En outre, que faisons-nous pour réclamer une part de l'héritage antique, propre à nos aïeux? Rien. Car l'amazigh, dans l'espoir de parler, de faire, de mouvoir, de gesticuler, de penser comme les autres, de réfléchir-soi, de manière indépendante, fait totalement confiance à l'autre qui le «transcrit» symboliquement, c'est-à-dire le place dans le marché des valeurs. Qu'on laisse les autres (de chair ou d'air) nous esquisser le portrait (ou les portraits) que nous sommes! Autrement dit, tout ce qu'Hérodote avance, il faut le lire comme étant la construction «de l'autre» ou une vision de par l'extérieur.

Ici, c'est le rôle d'Hérodote, le premier à entamer un tel parcours…

I.- Tout d'abord, l'Enquête

A-t-il vraiment existé Hérodote? A-t-il fait ses voyages méditerranéens? Dans quelles circonstances? A-t-il écrit réellement l'Enquête? Comment fut-elle reçue cette interminable étude? Sur quel support fut-elle transcrite? Tant de questions sont à poser encore, surtout celle-ci: Pourquoi d'autres textes d'Hérodote ont été perdus, mais pas celui-ci? Certes, ce texte d'histoire renferme des zones d'ombre, et les historiens de préciser: «trois points restent entièrement obscurs: sa vie privée, les circonstances et la date de ses voyages, et la composition de son ouvrage.» (Préface, tome 1, p.11). Il faut leur

izorane
28/03/2004, 18h00
1- Qui est Hérodote?

Que dire d'Hérodote? Il est né en 484 av. JC à Halicarnasse sous domination des Perses. Cela l'aide à connaître les cultures non grecques. Issu d'une famille d'intellectuels et d'aristocrates, Hérodote eut une très vaste éducation. Son oncle (ou cousin) Panyasis, écrivain fort célèbre, a eu une grande influence sur le jeune homme. A l'âge de 30 ans, il prend part, à ses côtés, à l'insurrection où le mentor y périt, mais il y eut également la fin de la dictature dans la ville. Ensuite, l'historien s'installa à Athènes durant trois ans (446-443 av JC) où il fait la connaissance de Sophocle (496-406 av JC) et d'autres écrivains et philosophes grecs. Il fait de fréquents voyages en Grèce, en Egypte et en Asie Mineure. Là, il était hôte chez d'autres grecs émigrés. Ce sont précisément eux qui l'informaient dans ses études des coutumes et de l'histoire de ces pays barbares.

A la fin de sa vie, l'historien s'installa en Italie (Grande Grèce) jusqu'à son décès en 425 av. JC.

Que l'on dise qu'Hérodote n'est pas scientifique dans son enquête, cela est peut-être vrai. Mais il demeure non moins que ses notes de voyageur offrent des témoignages précis et impressionnants sur la civilisation méditerranéenne. Plus on lit ses Histoires, plus on se pose des questions insolubles à propos de l'origine des peuples. Cela est dû principalement à ces références écrites et orales que l'auteur recueille, tresse et intègre à sa narration qui prétend à l'impartialité et à la richesse de ses sources. Le récit est, en effet, charmant à lire; l'art du contage y est bien exposé. L'auteur s'attarde davantage sur les détails afin de bien narrer d'une part à ses contemporains, et d'autre part assurer à son écrit la postérité.

2- L'Enquête

Le chef-d'œuvre est à feuilleter comme un texte discontinu, tantôt il obéit à un enchaînement narratif particulier, tantôt il développe des passages «contradictoires» à propos de l'identité nord-africaine. Ainsi, l'historien grec avance des faits, puis essaie sur-le-champ de rectifier les «paramètres» de son approche:

«Je ne sais qu'une chose, et la voici: que tous les hommes viennent étaler sur la place leurs fautes particulières pour les troquer contre celles de leur voisin et, quand ils auront vu celles-là de près, ils seront trop contents de s'en aller en gardant chacun son paquet. (…) Pour moi, si j'ai le devoir de rapporter ce que l'on dit, je ne suis certainement pas obligé d'y croire qu'on tienne compte de cette réserve d'un bout à l'autre de mon ouvrage» (VII, (152), p.248)

L'auteur se veut ainsi objectif, prêt à recevoir des critiques car son travail est naturellement un exercice «subjectif». Hérodote est non seulement le premier prosateur mais le premier à délaisser la poésie et le style «poétique», à l'instar de Homère, pour narrer l'histoire. Le texte tend à expliquer, à s'appuyer sur l'enchaînement des effets et des causes.

Hérodote confectionne d'une part son texte d'histoire par les récits du vécu: il narre les différents événements vus de son vivant, lors de ses fréquents voyages, d'autre part, il construit soigneusement l'histoire de la Méditerranée en se basant sur les «histoires et les légendes» de la mémoire collective. A ce propos, Andrée Barguet écrira: «Sur les événements du passé lointain, Hérodote n'avait comme source d'informations que les légendes et les traditions propres à chaque pays, impossibles à vérifier, coordonner et dater en chronologie exacte.» (Préface, tome 2, p.12) L'exercice de construction de l'histoire est, en fait, une reconstruction où la part de la subjectivité (ou de l'imagination?) s'annonce fondamentale. Par conséquent, ce que nous allons avancer à propos de l'histoire des Imazighen serait un enchaînement d'idées, d'images et de préjugés à déconstruire, mais surtout à interroger… Car la part du subjectif (ou de l'idéologique) y est présente.

Lire l'Enquête, c'est précisément une quête double: l'on découvre la grandeur d'Athènes (montrée par ses origines et influences) et la bassesse d'autres peuples (sauvages et non civilisés). La Méditerranée se présente, en un mot, décrite comme une microstructure bouillonnante. L'on voit l'union Est-Ouest a été pour l'historien, à l'instar des rapports actuels Nord-Sud (tant débattus), déterminant pour expliquer l'évolution des pays, et fondateur pour comprendre les parcours de la civilisation de l'humanité. Là, Hérodote n'agit pas uniquement en tant qu'historien, mais il est également ethnographe, anthropologue, épigraphe, géographe… C'est pourquoi les neuf livres narrent le conflit continu entre le monde grec civilisé et la barbarie. Les descriptions géographiques, les contes, les légendes, les mythes, les traditions, les mœurs, les croyances, la vie quotidienne, les institutions et d'autres domaines sont longuement cités…

En plus de sa redondance, cette œuvre n'est-elle pas à «recevoir» comme une enquête impartiale? Comment révèle-t-elle son exactitude? Hérodote, mal-aimé, persécuté et exilé, entend fonder l'histoire de l'univers méditerranéen: «Ici, je me trouve obligé d'exprimer une opinion qui indignera peut-être un bon nombre de gens, mais je ne saurais taire ce qui est à mes yeux la vérité.» (VII (139), p.239) Là, le souci constant de que dira la réception était toujours présent chez l'historien. Cette conscience est si importante qu'elle puisse déterminer dans un sens ou dans un autre la composition de l'histoire qui prétend à l'objectivité. En fait, cette recherche de la vérité historique aboutit irrémédiablement, en plus de sa crudité, à des interrogations et à des observations incontournables pour expliquer un fait «méditerranéen» ou tout autre chose.

izorane
28/03/2004, 18h02
II.-Où est le pays des «Barbares» qui troquent honnêtement, prêtent leurs femmes aux convives et font bien la guerre pour les autres?

La question de l'origine des peuples inquiète beaucoup l'historien grec, reconnu par Cicéron comme le «père de l'histoire». A chaque peuple, il essaye d'aller à sa détermination. Chaque lieu est à rattacher à une légende; chaque mythe sert à expliquer les origines d'un groupe ethnique. A-t-il Hérodote fait ses voyages, attiré par les intérêts mercantiles? Par la curiosité? Par la science de découvrir terres et peuples? Des Imazighen, il expose trop d'informations que cela s'avère problématique de parler d'une définition déterminante et unique.

A travers cette œuvre, nous allons parler de l'amazighité dans ses trois manifestations: être pour les autres, naître du rapport avec les autres et «mourir» dans la vision des autres.

A. ETRE POUR LES AUTRES

Comme l'amazigh, selon Hérodote, renonce explicitement à prendre partie dans le déroulement des remous de l'histoire, il ne joue que le rôle de subsidiaire historique par rapport aux autres. Il n'est que parce qu'il est à leur service.

1- Le pays des Imazighen, c'est la Libye

Sur cette question précise, les interrogations sont troublantes à la lecture d'Hérodote. Où se trouve le pays des Imazighen? A l'Ouest? Au Sud? Entre les deux? Selon les «cartes du monde», les pays se regroupent en trois continents. Et Hérodote de réagir: «je m'étonne qu'on ait pu diviser le monde en trois parties: Libye, Asie et Europe, quand il y a tant de différences entre ces régions.» (IV, (42) p.375) Et de préciser: «la Libye est située dans la seconde péninsule: elle vient immédiatement après l'Egypte.» (IV, (41), p.375), et d'ajouter: «La Libye est, nous le savons, entièrement entourée par la mer, sauf du côté où elle touche à l'Asie» (IV, (42), p.375) Là, l'auteur redéfinit la carte du monde, la géographie contemporaine. La Libye est présentée comme une «terre rouge et sablonneuse» (II, (12), p.164) où il y a de «nombreux fleuves» (II, (20), p.168). C'est un continent connu depuis l'Egypte jusqu'au lac Tritonis (allant du Nil à la grande Syrte), et inconnu depuis le lac vers l'Ouest…

L'historien insiste plus sur le communément connu chez les gens: «Pour la Libye, l'opinion générale en Grèce est qu'elle tire son nom d'une certaine Libyé, une femme du pays» (IV, (45), p.378) Le «communément connu» peut-il constituer la vérité historique? Non. Mais, ce passage nous intéresse davantage car le nom «Libyé», à l'instar de tamazight, est dérivé du féminin. Comment est-elle cette femme? Humaine? Mi-déesse? Déesse? Ou bien est-elle l'aïeule de tous les Libyens? Suivant la même logique, du prénom ou des noms de famille, l'historien va encore préciser: les Imazighen sont «le seul peuple, à notre connaissance, chez qui les hommes n'aient pas de noms: si leur nation porte le nom général d'Atarantes, les individus ne portent pas chacun un nom particulier.» (IV, (184), p.442) Ce sont bien les tribus qui portent des noms, mais pas les individus. Pourquoi l'interdiction de donner un nom est-il en soi un tabou? Est-ce cela pour expliquer l'attachement de cette ethnie au regroupement tribal? En conséquence, comment seront-ils définis et déterminés les individus? S'il n'y a pas de nom particulier, qu'y a-t-il à la place de cela? Et que faire de «Libyé», ce nom particulier de femme… Et que dire des autres noms particuliers cités par le même Hérodote? Dès l'origine, le «principe de la contradiction» autour de l'explication de l'origine des Imazighen est instauré, il sert à définir l'amazighité dans son essence! Souvent, elle constitue l'antonyme du naturel, du normal qui est représenté par l'hellénique.

Bien que l'historien admette sa totale méconnaissance de la région occidentale, il avance: «Les habitations y sont faites de blocs de sel, car cette partie de la Libye ne reçoit déjà plus de pluie, les murs de sel ne resteraient pas debout, s'il y pleuvait.» (IV, (185), p. 443) Si la maison grecque possède comme centre le péristyle (cour bordée de colonnes qui ouvrent les pièces du foyer), et répartie avec des espaces pour femmes et d'autres pour enfants et hommes, la maison «amazighe» est salée! En fait, Hérodote «déroute»: il base sa narration sur les dires des voyageurs nourris par la fantaisie et la fabulation. Pour vérifier, l'auteur n'avait pas les moyens nécessaires pour accomplir l'enquête. Il va se contenter par décrire principalement les Imazighen limitrophes de l'Egypte, c'est-à-dire les Libyens (ou Imazighen connus), mais pas ceux qui sont plus à l'Ouest. Ces derniers seront à peine décrits dans de vagues passages où l'anecdotique l'emporte plus sur le véridique.

izorane
28/03/2004, 18h03
2- L'Amazigh mis dans un diptyque «absurde»

Pour l'historien, il s'agit d'un même peuple scindé en deux par le lac Tritonis (du nom de Triton: C'est bien Triton, dieu marin, fils de Poséidon qui offrit les terres libyennes aux Grecs (précisément les Argonautes), réparti entre nomades et sédentaires:

* Les nomades: Ce groupe oriental meut sur le littoral. Leur demeure est faite de roseaux, légère et facile pour leurs constants déplacements. Ils sont, en général, des éleveurs de bétail. Ils consomment la viande (sauf la vache), ils boivent du lait. Ils n'élèvent pas les porcs. Dans cette partie, il y a énormément d'animaux: des gazelles à la croupe blanche, des chevreuils, des antilopes, des bubales, des ânes (qui ne boivent pas), des oryx dont les cornes servent à faire des montants des lyres, de petits renards, des hyènes, des porcs-épics, des béliers sauvages, des dictyes, des chacals, des panthères, des boryes, des crocodiles terrestres, des autruches et de petits serpents avec une seule corne. Il n'y a pas de cerf ni de sanglier.

La santé de ce peuple est excellente grâce au rite suivant: ils brûlent les veines du crâne des enfants à l'âge de quatre ans. Ils pratiquent aussi la scarification. Ils enterrent leurs morts à l'instar des Grecs.

* Les sédentaires: Ce groupe occidental, qui vit à l'ouest du lac Tritonis, est peu connu. Peu cité. Ils ont des coutumes différentes, mais l'auteur ne dit pas plus que cela. Différents mais… sans rien préciser. Ils vivent au milieu de serpents géants, lions, éléphants, ours, aspics, ânes cornus, créatures-monstres sans tête avec des yeux placés dans la poitrine. Ah, ils sont bien différents car les hommes et les femmes sont sauvages!

Respectaient-ils les Imazighen occidentaux leurs morts?

Souvent l'amazigh occidental choisit la montagne non pas nécessairement pour refuge, mais pour être proche du ciel: «A côté s'élève une montagne qu'on appelle Atlas (…) C'est la colonne qui soutient le ciel, disent les gens du pays. La montagne a donné son nom aux habitants du pays: on les appelle les Atlantes.» (IV, pp.442-443) Le passage révèle explicitement:

—Les Imazighen «peuvent» s'appeler aussi Atlantes. Et pourquoi de nos jours, ce nom «beau ou authentique» est-il tombé en désuétude, et délaissé au profit de «Berbères» dépréciatif?

—Ils habitent des montagnes. Si l'invasion explique la fuite des Imazighen sur les montagnes et vers les oasis, pourquoi avons-nous, à cette époque-là, leur occupation des cimes? Il n'y avait pas encore l'arrivée des Romains, ni des Arabes ni des autres envahisseurs?

Ce diptyque est intéressant à analyser:

—Cette répartition des Imazighen ne se fonde que sur un point géographique (portant un nom étranger et mythologique)!

—Plus on s'approche du monde grec, plus on est moins sauvage. Les Imazighen orientaux sont moins sauvages que les occidentaux.

—L'auteur insiste beaucoup sur la richesse animale. La faune y est diversifiée, à l'encontre de la Grèce et de l'Egypte, pays de la civilisation!

—Hérodote parle des animaux «bizarres»: il y a l'âne qui ne boit pas, l'âne cornu et le monstre avec des yeux dans la poitrine… Ainsi, la part de l'imaginaire est plus importante que celle de l'observation objective d'un voyageur…

Cette présentation est facile, «frôlant le folklorique»; elle se veut négation de tout ce qui est univers hellénique. Nous verrons par la suite, qu'elle sera en contradiction totale avec la liste des groupes des Imazighen avancée par l'auteur même.

izorane
28/03/2004, 18h05
3 -Diptyque «identitaire» à mille volets

Notre esquisse du portrait amazigh s'avère hétérogène, souvent même contradictoire, mais par souci constant de rester «fidèle» à la pensée d'Hérodote. Pour plus de netteté, il est conseillé de consulter le tableau récapitulatif, à la fin de l'étude. Notre «fidélité» va dans le sens à poser des questions et avancer des observations.

Ainsi, l'image de la Libye demeure composite: D'une part, elle est (au moment de citer la Cyrène, les colonnes d'Héraclès…) décrite comme un espace fertile et riche (Cinyps qui porte le nom du fleuve (actuellement oued El Khahan), est considérée comme la «plus belle région de la Libye» (cf. IV, (198), p.448) et (V, (42), p.51), plein d'espèces animales. D'autre part, elle est un pays désertique «La Libye qu'il (le Nil) traverse est un pays désertique et inhabité.» (II, (34), p.175) et également riche d'espèces animales. «Plus loin vers le midi et l'intérieur des terres la Libye devient un désert, elle n'a pas d'eau, pas de vie animale, pas de pluie, pas d'arbres; c'est la sécheresse totale.» (IV, (185), p.443) Pourtant, même les tribus qui habitent les oasis du désert, (aux mille sources chaudes et froides) se plaisent aussi à vivre sur des terres aussi fertiles aux «buttes couvertes de blocs de sel faits de gros cristaux agglomérés, du sommet de ces buttes jailli, au milieu des blocs de sel, une eau fraîche et douce» (IV, (181), p.441). L'auteur ne fait pas référence à la famine, ni à l'indigence des indigènes. Comment peut-on alors expliquer la naissance des mercenaires? Pourquoi les Imazighen partaient-ils comme soldats à la solde d'autres régimes si leurs terres leur offraient tout ce dont ils avaient besoin? La famine… comme en 1936 pour le cas des Rifains! Néanmoins, les Imazighen occidentaux, demeurent loin des remous qui hantaient la Méditerranée orientale. Dans la clôture de l'Enquête, à propos d'un autre peuple (les Perses), Hérodote dit: «(ils) préférèrent vivre sur un sol ingrat et commander plutôt qu'ensemencer des plaines fertiles et subir le joug d'autrui.» (IX, (122), p.445). Ce doit être également la position de cette partie inconnue de la Libye.

Quelle est, au fait, l'ethnie amazighe? Le voyageur répond encore par des précisions géographiques et historiques:

«Un détail sur ce pays: quatre races différentes l'habitent, pas davantage, à notre connaissance: deux sont autochtones, les deux autres ne le sont pas; sont autochtones les Libyens au nord et les Ethiopiens au sud; les Phéniciens et les Grecs sont venus de l'étranger.» (IV, (197), p.447)

Cette citation révèle les «vérités» suivantes:

—Grâce à un style «concis et clair», nous avons une détermination ethnique (ce qu'il appelle race) très claire de l'Afrique du Nord: il y a au nord les Libyens, et au sud les Ethiopiens (par exemple les Longues-Vies (III, (17), p.274).

—Bien que les Phéniciens et les Grecs soient des étrangers, et ils ne le demeurent pas… par rapport aux Imazighen. Il y a Carthage (fondée 814 av. JV) représentant le phénicio-amazigh, et Cyrène (631 av. JC) le gréco-amazigh. Que reste-t-il de cette «melting» culture?

—En outre, et là c'est la question qui m'intrigue le plus: qu'est-il de l'espace des Egyptiens dans cette précision géo-humaine?

—Enfin, l'identité, de par cette définition géographique, est explicitée sur d'autres plans. Ainsi, au Ve siècle av. JC, aucune thèse ou anecdote ou mythe ou légende ne citait l'origine des Imazighen dans leur déplacement du nord au sud, ou de l'est à l'ouest. Dans l'Enquête, la Libye est située comme un espace limité de tous côtés par la mer, à l'est réunie à l'Asie, et au sud l'Ethiopie. Que dire de plus que les Imazighen étaient et sont toujours natifs de l'Afrique du Nord…

Il s'agit, au fait, d'un diptyque structuré à partir du «chiaroscuro» (clair-obscur): la lumière envahit la partie orientale, mais point l'occidentale. Cette lumière n'est pas tamisée par la fonte de l'ombre, mais par les préjugés de l'époque à propos de la bassesse des peuples Barbares.

4-Bilan:

L'amazighité est décrite à moitié, et surtout dans sa moitié «aliénée» au monde hellénique et égyptien.

izorane
28/03/2004, 18h06
B- NAÎTRE DU RAPPORT AVEC LES AUTRES

Ce rapport est non seulement multiple, mais surtout déterminant dans la formation de l'amazighité.

5-Au commencement, il y avait le troc…

Sur la question de la première rencontre avec les Imazighen, Hérodote va parler longuement du voyage de découverte des commerçants phéniciens:

«Partis de la mer Erythrée, les Phéniciens parcoururent la mer méridionale: à l'automne ils débarquaient sur la côte de Libye, à l'endroit où les avait menés leur navigation, ensemençaient le sol et attendaient la récolte; la moisson faite, ils reprenaient la mer. Deux ans passèrent ainsi; la troisième année, ils doublèrent les Colonnes d'Héraclès et retrouvèrent l'Egypte. Ils rapportèrent un fait que j'estime incroyable, si d'autres y ajoutent foi: en contournant la Libye, dirent-ils, ils avaient le soleil à leur droite

Ce voyage est le premier qui nous ait fait connaître la Libye; ensuite ce sont les Carthaginois qui nous ont renseignés. L'Archéménide Sataspès fils de Téaspis ne fit pas, lui, le tour complet de la Libye, bien qu'il en fût spécialement chargé; effrayé par la longueur du voyage et par la solitude, il revint sur ses pas sans avoir rempli la tâche que sa mère lui avait imposée: car il avait fait violence à une jeune fille, la fille de Zopyre fils de Mégabyze, et pour ce crime il allait être empalé sur l'ordre de Xerxès; mais sa mère, qui était sœur de Darius, demanda sa grâce au roi en promettant de lui imposer elle-même un châtiment plus sévère que le sien: elle l'obligerait à prendre la mer et à faire le tour de la Libye, pour arriver en fin de périple dans le golfe Arabique. Xerxès y consentit et Sataspès partit pour l'Egypte, y prit un navire et des matelots et se dirigea vers les Colonnes d'Heraclès; il les franchit, doubla le promontoire libyen qu'on appelle le cap Soloéis et fit voile vers le midi. Il navigua de longs mois et parcourut une longue route; puis, désespérant de voir la fin de son voyage, il revint sur ses pas et regagna l'Egypte. Il se rendit ensuite auprès de Xerxès et lui rapporta qu'au point extrême de leur course ils avaient longé un pays où de petits hommes, vêtus de feuilles de palmier, s'enfuyaient dans les montagnes à leur approche en abandonnant leurs cités; eux-mêmes y pénétraient alors et, sans rien détruire, se contentaient d'y prendre quelque ravitaillement. S'ils n'avaient pas achevé leur périple, c'était, dit-il, que leur navire ne pouvait plus avancer, pris dans un calme plat. Xerxès refusa de le croire et, puisqu'il n'avait pas accompli la tâche prescrite, confirma sa première sentence et le fit empaler. Un eunuque de Sataspès s'enfuit à Samos dès qu'il apprit l'exécution de son maître, avec un immense trésor dont un Samien s'empara - je connais le nom du Samien, mais je le tais volontairement.» (IV, (42-43), p.376-377)

Cet extrait révèle, dans sa forme anecdotique, ce qui suit:

—Pour atteindre la Libye, la route était longue pour les Phéniciens. Ils prirent la mer vers l'Afrique du Nord, en contournant les colonnes d'Héraclès. Lors de ce long périple, ils subsistaient par la récolte qu'ils faisaient sur la côte déserte: le contact avec les autochtones n'avait pas eu lieu!

—Le deuxième peuple à parcourir cet espace lointain, ce sont les Carthaginois. Cette découverte de la Libye et son au-delà est un «châtiment très sévère» infligée à un enfant «mal éduqué». Ainsi, dans l'imaginaire étranger, cet espace était «dangereux» et «mystérieux», constatation tant réitérée par les colonialistes arabes et occidentaux. De là, il y aura la naissance du mythe des fortunes et des trésors de l'Afrique du Nord, mythe que vont caresser tous les conquérants et les envahisseurs. Enfin, que dire de ce lieu «riche et mystérieux», «prospère et primitif»?

Sur le littoral, les Phéniciens avaient des comptoirs (points d'appui) pour débarquer et faire du commerce avec les Imazighen. Ils ne cherchaient point à découvrir l'arrière-pays, ni à conquérir le pays. Ils vendaient des verreries, des vases, des armes, des étoffes… pour recevoir en contrepartie de l'or.

«Tout se passe honnêtement, selon les Carthaginois: ils ne touchent pas à l'or tant qu'ils jugent la somme insuffisante, et les indigènes ne touchent pas aux marchandises tant que les marchands n'ont pas ramassé l'or.» (IV, (196), p.447)

Cette image «intrigante» des Imazighen chez les Phéniciens va prendre son assise dans la culture méditerranéenne. Elle peut retracer tant d'épisodes de l'histoire antique de la Méditerranée où l'envoûtement de l'Afrique du Nord était très répandu parmi les autres peuples:

—En plus de décrire cette organisation socio-économique (troc, échange), ce passage révèle l'importance de la médiation chez ce peuple lointain. Ce contact est derrière la construction de l'image de l'autre, à la fois absent et présent. Ce rapport commercial entre peuples est «simple», autrement dit le commerce avec les Imazighen est dénué de tout danger. Le troc se fait sans violence, non plus sans contact direct.

—Le troc, insiste-t-on, est sérieux. Seulement, c'est un échange d'articles, et non pas d'idées ni de pensées ni d'influence. Ce n'est qu'après, des siècles après, que l'amazigh s'accepte à force de faire des concessions à l'autre, et symboliquement à l'alter ego.

—Selon Hérodote, les Imazighen faisaient du commerce transsaharien (or, ivoire, pierres précieuses, plumes d'autruche) et toujours dans des rapports pacifiques. La paix et le commerce! Sans violence ni guerre!

—Pour nous, deux questions s'avèrent incontournables dans ce fameux épisode de l'histoire de l'Afrique du Nord: Y a-t-il un peuple qui puisse commencer le troc (ou l'échange) sans un début de connaissance mutuelle (surtout des besoins et des biens) et un marchandage long? Puis, y a-t-il un peuple qui échange la matière sans l'échange de langue ou d'idées? Enfin, ce troc étrange ne résume-t-il pas à lui seul, de la méfiance nourrie à cause d'actes de belligérance passés et de conflits anciens?

L'image donnée ici de l'homme amazigh est proche de celle d'une ombre, d'un être fuyant. Il n'est pas une présence «concrète et symbolique».

6- Puis, mourir pour les autres…

De ce vaste pays nord-africain, en plus de ce contact «mercantile» bizarre, il y avait un autre contact «militaire», encore plus insolite. Hérodote n'avait connu que des mercenaires fiers, habiles et courageux et des ombres fuyantes. Les nord-africains arrivaient pour mourir au service des autres. Ils étaient du lot des régiments: «une armée de trois cent mille hommes, Phéniciens, Libyens, Ibères» (VII, (165), p.256). Ces deux peuples voisins accompagnent les Imazighen dans la recherche de la guerre. D'ailleurs, faire la guerre des autres serait un principe de vie pour l'amazighité: ils feront des guerres et des guerres, et à ne citer que les plus récentes: Indochine, guerre civile espagnole, Afghanistan, Palestine… L'historien ne parle pas souvent des raisons matérielles et politiques qui sont derrière cet engagement… Encore, qu'est-il des batailles de Imazighen pour eux-mêmes? Et Hérodote de préciser encore l'habilité guerrière des Nord-africains: «Les Bactriens avaient l'équipement de leur infanterie, les Caspiens aussi; de même les Libyens qui, eux aussi, menaient des chars, tous.» (VII, (86), p.215). Conduire un char était, à cette époque-là, le summum de l'expertise et de la compétence militaires. Les nord-africains passaient pour les maîtres dans l'usage du char attelé.

Dans cette ethnie, il y avait ceux qui étaient éduqués pour la guerre, et ceux qui n'avaient pas d'armes (de là condamnés à disparaître).

7- Aux côtés des Arabes, mais pas arabes…

L'édition de Gallimard est confondante: la traductrice, dans ses annotations, rapproche curieusement l'amazigh de l'arabe, et définit Ibn Battuta comme «arabe». Chose qu'Hérodote ne fait pas, vingt-cinq siècles avant!

Dans sa description du corps des régiments, Hérodote insiste beaucoup sur l'appartenance des troupes. Parmi les mercenaires de l'époque, il y avait des Arabes (qui dans l'Enquête n'ont pas de point de rencontre physique avec les Imazighen, mais oui avec les Egyptiens!(3). Preuve évidente que les Imazighen n'ont rien de commun avec leurs «confrères» arabes). Précisément, nous lisons:

«Les cavaliers étaient groupés en escadrons; les Arabes, eux, étaient au dernier rang: comme les chevaux ne tolèrent pas la présence des chameaux, ils étaient placés au dernier rang pour ne pas semer l'effroi dans la cavalerie.» (VII, (87), p.216)

Si les Arabes étaient des chameliers, placés à la queue de l'Armée, et les Imazighen des chevaliers à la tête, qu'en est-il alors du Cheval Arabe tant célébré en Afrique du Nord? Et pourquoi les Arabes ne parlent-ils pas, avec plus d'insistance, du Chameau Arabe?

L'Arabie, selon Hérodote, et la dernière terre du midi.

Ainsi, il est évident que le pays des Imazighen n'a rien à voir avec l'Arabe d'Hérodote.(4) D'autres passages renforcent cette idée, et par conséquent brise ce mythe de «l'amazigh arabe» ou de «l'arabe amazigh»: «Les Arabes avaient de longues robes retenues par une ceinture et portaient au bras droit des arcs de grande taille, qu'ils tendaient en en renversant la courbure.» (VII, (69), p.210) Par contre, les Imazighen «marchaient vêtus de cuir, armés de javelots de bois durci au feu. Ils avaient pour chef Massags fils d'Oarizos.» (VII, (71), p.211) L'accoutrement, non seulement civil mais aussi militaire, est complètement différent. Ces différences sont intéressantes pour déterminer l'éloignement culturel, rituel et coutumier entre ces deux peuples.

Si Hérodote était vivant, il aurait honte d'entendre des inepties qui prétendent expliquer l'histoire du Maghreb…

izorane
28/03/2004, 18h08
8- Avec les Egyptiens…

Pourtant, parler de la Libye, c'est se référer directement à l'Egypte. Un couple soudé culturellement, historiquement et humainement. Les rapports entre les deux régions sont riches à étudier. Ils partagent le même destin, entre la rébellion et la soumission:

«Les Libyens voisins, effrayés par le sort de l'Egypte, se soumirent sans combattre; ils s'imposèrent d'eux-mêmes un tribut et envoyèrent des présents à Cambyse. Effrayés autant que les Libyens, les gens de Cyrène et de Barcé firent comme eux. Cambyse reçut avec bienveillance les dons des Libyens, mais mécontent du présent de Cyrène, qui était, je pense, par trop modique (ils n'avaient envoyé que cinq cents mines d'argent), de sa propre main il jeta cette somme par poignées à ses soldats.» (III, (13), pp.270-271)

Il est de remarquer:

—Cambyse est le chef des Perses qui remportent des victoires sur les Grecs, les Egyptiens et les Libyens. La Libye se trouve soumise à ce tyran.

—Non seulement le sort de l'Egypte et des Egyptiens préoccupait tant les Maghrébins, mais l'atmosphère politique et militaire était presque la même pour les deux régions. Peut-être, même la situation économique. Une même aire. Les deux pays partageaient le même destin.

Ainsi, lors de l'Empire de Darius, l'Egypte et la Libye sont mises dans un même groupe:

«Sixième gouvernement: l'Egypte, les Libyens voisins de l'Egypte, Cyrène et Barcé (…) versaient sept cents talents, non compris le produit de la pêche dans le lac Moéris; leur tribut était fixé à sept cents talents outre ces revenus et les fournitures en blé, car la région doit fournir cent vingt mille médîmes de blé aux Perses en garnison au Mur Blanc, à Memphis, et à leurs auxiliaires.» (III, (91), p.320)

Par ailleurs, le lac en question «se déverse dans la Syrte de la Libye par un conduit souterrain» (II, (150), p.244) Le règne perse était à voir comme la première vraie colonisation de l'Afrique du nord: il extirpait des richesses. En général, cet «argent lui venait de l'Asie et d'une partie seulement de la Libye» (III, (96), p.321) La Libye payait cher: elle était sous la menace égyptienne, hellénique, persane et phénicienne.

Enfin, envers l'Egypte, les Imazighen donnaient refuge aux Egyptiens «insurgés» (cf. II, (119), p.226), tout comme ils demandaient de l'aide en cas d'attaque tierce.

Les Perses, les Grecs, les Romains, les uns après les autres, réussirent à conquérir l'Egypte. Mais pas les Imazighen. Pourquoi? Il y a eu des Pharaons amazighs et éthiopiens qui ont gouverné l'Egypte, mais pas de grec, de romain ni de persan. Cela doit être une réponse pour montrer les forts liens qui unissaient Egyptiens et Imazighen et Ethiopiens.

9-Et qu'est-il du rapport des Imazighen avec la civilisation (grecque)?

Est-elle donc objective l'histoire narrée par l'Enquête du moment que l'auteur est un Grec? Non. Subjective? Sûrement. Alors comment s'organise-t-elle dans un sens «positif» ou «négatif»? A-t-il Hérodote vraiment rencontré les Imazighen? Oui. Il a fait un long voyage sur la côte de l'Afrique, dans les environs de Cyrène vers l'an 440 av JC. L'histoire est, pour lui, une enquête sur l'être des peuples. Les Imazighen sont définis économiquement, politiquement, historiquement et socialement. Quelles que soient les résultats de ces enquêtes, l'auteur avance que ce peuple est unique: un et extraordinaire (sa propre identité, hermétique aux autres). Vrai, il ne réserve pas un «à part» au peuple amazigh, mais un chapitre intitulé «Les Perses contre la Libye» (IV, (145-205), pp.423-451) où l'intérêt d'un tel peuple est digne d'être cité dans son opposition face aux maîtres de l'époque, les Perses.

Ce combat, physique et spirituel, qui est continu entre le Grec (civilisé) et le Barbare (non civilisé) s'avère le «climax» de l'Enquête. Cela est à expliquer par la remarque suivante: les Nord-africains sont des éleveurs et des cultivateurs (travaux mondains), pas des commerçants ni des «citoyens», ils ne peuvent pas avoir plus de considération que les esclaves grecs.

Quels sont les informateurs qui affranchissent leur mémoire ou bouche pour raconter / dire l'histoire des Imazighen? Ce sont, en un mot, les autres, les étrangers. Bien sûr, ils vont demeurer des autres au regard différent. Ainsi, le peuple amazigh ne peut que surgir dans les «digressions» de l'histoire narrée. Pour le Grec, il est lointain sur tous les plans. Pourtant, à travers l'étude du texte d'Hérodote, l'on découvre l'ensemble des images que se font les Athéniens de l'Amazigh de l'ouest méditerranéen. L'historien grec n'oublie pas de parler exhaustivement du rapport dialectique qui unit le Grec au Barbare:

«Un témoignage me confirme dans mon opinion sur l'étendue de l'Egypte, telle que je viens de l'exposer: c'est un oracle d'Ammon, dont j'ai eu connaissance quand mon opinion sur ce pays était déjà formée. Les habitants d'Apis et de Maréa, aux confins de l'Egypte et de la Libye, qui se croyaient Libyens et non Egyptiens, jugeaient importunes leurs prescriptions religieuses et ne voulaient pas avoir à s'abstenir de la viande de vache. Ils envoyèrent consulter l'oracle d'Ammon, en affirmant qu'ils n'avaient rien de commun avec les Egyptiens: ils habitaient en dehors du Delta, ne suivaient pas leurs coutumes, et réclamaient par conséquent le droit de manger de tout. Le dieu leur refusa son consentement: l'Egypte, déclara-t-il, est toute la terre arrosée par le Nil, et sont Egyptiens tous les peuples qui habitent au-dessous d'Eléphantine et boivent l'eau de ce fleuve. Ainsi répondit l'oracle.» (II, (18), p.167)

Ici, nous pouvons déduire ce qui suit:

—En tant que géographe, le souci de l'auteur est constant non seulement pour résoudre la question de la véracité des faits, mais aussi le problème des frontières. Où commence un pays et se termine un autre? Dans cet exemple, les limites entre l'Egypte et Tamazgha (nous allons appeler ainsi la Libye et surtout la Cyrène pour plus de commodité) posaient problème de détermination, si entrecroisées; ils étaient un même corps arrosé par les eaux du Nil.

—Le Delta du Nil détermine géographiquement l'Egypte. Le groupe ethnique nord-africain boit également de cette eau. Les eaux du Nil se déversent dans la Syrte de Libye par le biais du lac Moértis (II, (150), p.244). De là, la difficulté à séparer «culturellement» entre les deux groupes ethniques.

—Seulement, la conscience des Imazighen était claire, bien opposée à celle des Pharaons (leur règne lors de l'Ancien Empire s'étend de 2800 à 2100 av JC): ils avaient d'autres prescriptions religieuses et des coutumes différentes des Egyptiens. Tout comme cette conviction d'être différent émane probablement de la langue parlée. A l'instar de l'Egypte, la Libye n'est-elle pas divisée en nomes? Quelles coutumes ont-ils adopté les Imazighen des Egyptiens et vice versa? Là, nous avons l'observation - réponse d'Hérodote: «Les Egyptiens s'opposent à l'introduction chez eux de coutumes grecques, et d'ailleurs des coutumes de tous les autres peuples en général. Ils ont tous sur ce point la même attitude.» (II, (91), p.204) Et que dire des coutumes libyennes?

Les rapports qui unissaient les Libyens aux Grecs étaient principalement de guerre et d'invasion du nord vers le sud. Nous avons l'exemple de Dorieus:

«Cléomène, dit-on, n'était pas normal mais plutôt déséquilibré; Dorieus au contraire brillait en tête des jeunes gens de sa génération et pensait bien que le trône lui reviendrait, en raison de sa valeur. Il s'y attendait si bien que, lorsque Anaxandride mourut et que les Lacédémoniens, respectueux des lois, donnèrent le trône au fils aîné, il s'en indigna et refusa de vivre en sujet de Cléomène: il demanda au peuple de lui donner des compagnons et s'en alla fonder une colonie, sans consulter l'oracle de Delphes pour savoir en quel pays la fonder, et sans respecter les règles habituelles en pareil cas; dans sa colère, il emmena ses vaisseaux en Libye - il avait pris pour guides des gens de Théra. Arrivé près du Cinyps, il s'établit là, dans la plus belle région de la Libye, au bord du fleuve, mais il en fut chassé deux ans plus tard par les Maces, les Libyens et les Carthaginois, et regagna Pélopnnèse.» (V, (42), pp.50-51)

De là, nous pouvons remarquer:

—Le fait de ne pas consulter l'oracle peut expliquer le désastre «assuré» des Grecs sur les terres des Libyens.

—Il faut y lire la résistance solide des Imazighen à l'incursion étrangère qui quêtait les terres fertiles de Cinyps.

Si les Libyens récusent la présence hellénique, quelle part d'objectivité aura-t-il Hérodote dans sa narration des faits historiques et sa description de l'Afrique du nord?

10- Bilan:

Le rapport aux autres est énigmatique: les Libyens ne sont pas des décideurs, ni des sujets, juste un simple peuple dépendant.

izorane
31/03/2004, 11h47
AZUL
Vu le débat qu’a suscité la lettre ouverte de Mlle. Djama, nous publions un extrait de l’ouvrage de Malika Hachid qui traite en particulier des origines des Imazighen, un point de vue auquel adhère, bien entendu, notre Rédaction.



Si pendant longtemps, nous étions confrontés à plusieurs hypothèses sur l’origine des Imazighen, aujourd’hui la recherche scientifique et les dernières découvertes en matière d’archéologie et préhistoire nous permettent de voir plus clair et d’éliminer certaines hypothèses qui ne semblent plus fondées. Parmi ces hypothèses celle qui fait venir Imazighen du Moyen Orient. Il est évident que cette hypothèse sert énormément les tenants de l’idéologie arabo-musulmane.

a suivre

izorane
31/03/2004, 11h47
AZUL
Introduction.


Protoméditerranéens de la préhistoire, Libyens et Garamantes de l’Antiquité, Berbères du Moyen Âge, enfin, Imazighen actuels : telle est l’extraordinaire permanence de l’histoire du peuple berbère, comme l’exprime avec justesse Gabriel Camps qui, assisté d’une équipe de collaborateurs, lui consacre une magistrale encyclopédie berbère.


Le véritable nom des Berbères est Amazigh, au pluriel Imazighen. Sa racine est construite sur un radical constitué des lettres Z GH ou Z Q et remonte au moins à l’Antiquité. Elle se retrouve chez les Maxyes d’Hérodote, les Meshweswh des inscriptions égyptiennes, les Imouhagh des Touaregs, les Imagighen de l’Air, lesImazighen du Rif et du Haut Atlas.


« Au niveau sémantique, de nombreux chercheurs ont pensé et écrit qu’Amazigh signifiait "homme libre, noble" (ce qui est du reste le cas de beaucoup de noms d’ethnies dans le monde) [...]. Elle n’est pourtant certainement pas fondée... » (Chaker S. 1987, p. 566-567) et le sens précis de ce terme... reste donc à découvrir.


Dans un précédent ouvrage, nous avons esquissé l’apparition des Berbères du Sahara central, plus précisément dans l’art préhistorique du Tassili des Ajjer, avec les Protoberbères Bovidiens (Hachid M. 1998). Reconstituer le peuplement préhistorique du Sahara fut l’un des objectifs de ce travail, mettre en valeur sa contribution au progrès de l’humanité, le fil conducteur. Longtemps, de la Méditerranée orientale au golfe Persique, l’incontournable Croissant fertile fut considéré comme le seul centre fondateur de la civilisation de l’Ancien Monde. À partir du Proche-Orient, les changements fondamentaux engendrés par le Prénéolithique et le Néolithique - notamment l’agriculture - ont été transmis à l’Europe, par les voies du bassin du Danube et celle de la Méditerranée occidentale. Bien sûr, c’est en tout dernier lieu que l’on considérait que le continent africain allait à son tour en bénéficier.


Tel est certes le cas pour l’Europe, mais pas pour l’Afrique.


Le Croissant fertile ne fût pas le seul pôle de civilisation.


Le Sahara central en fut un autre. Si penser l’Afrique, c’est rejoindre la quête des origines de l’homme, penser le Sahara, c’est rejoindre celle des origines civilisationnelles. Les innovations économiques et culturelles qui y naquirent, parfois avant même celles du Proche-Orient, comme l’invention de la poterie, par exemple, et de tout un fonds symbolique et mythologique, jouèrent le rôle d’une matrice civilisationnelle qui apporta progrès et spiritualité aux hommes tant en Afrique que sur les rives de la Méditerranée. Aujourd’hui, de plus en plus, il apparaît qu’un fonds culturel africain, au centre de ce vaste Sahara, n’a pas été sans influence sur ses régions périphériques, et notamment certaines cultures de la vallée du Nil.


Le présent ouvrage se situe dans la continuité chronologique et historiographique du précédent ; il défend les mêmes principes valorisants de réécriture de l’histoire. Il raconte essentiellement l’histoire des premiers Berbères du Sahara, depuis leur apparition dans les derniers millénaires de la préhistoire jusqu’à la veille de l’islam en passant par l’Antiquité. Ce sont d’abord les Protoberbères de la préhistoire, ces élégants pasteurs et chasseurs, puis, les Paléoberbères, Libyens et Garamantes de l’Antiquité, cavaliers et conducteurs de chars émérites. Leurs successeurs des temps médiévaux et modernes, les grands chameliers Sanhadja, les futurs Touaregs, complètent le long cheminement historique de ce groupe qui résistera à toutes les adversités. La plus éprouvante fut celle de survivre à l’âpreté du désert où le choix de rester libre, souvent, le guida.


Au Sahara, la reconstitution de ce long cheminement historique doit presque tout à l’archéologie, et notamment à l’art rupestre, ainsi qu’aux monuments funéraires de ces anciens Berbères. Elle le doit aussi aux précieux témoignages de l’art et des chroniques de l’Egypte prédynastique et pharaonique, des auteurs gréco-latins, à des éléments historiques émanant du Proche-Orient, du monde égéen, des empires carthaginois et romains. Les premiers Berbères du Sahara ne vivaient pas isolés dans leurs rochers : ils n’ignoraient pas le tumulte du monde méditerranéen et souvent y participèrent, allant parfois jusqu’à mettre en danger la puissante Egypte des pharaons et à présider à la destinée de cet empire.


Nous ne pouvions décrire les Protoberbères du Sahara sans nous trouver confrontée à la question fondamentale de l’apparition des Berbères, sachant que les traces les plus anciennes de ce peuple se trouvent au Maghreb. Aujourd’hui, les grandes lignes d’une théorie synthétique des origines des Berbères se dessinent par la convergence de trois disciplines auxquelles nous aurons successivement recours : la paléontologie humaine, la linguistique historique et l’archéologie (l’avenir exigera qu’une troisième voie soit exploitée, celle de la génétique).


Les données de ces disciplines concourent de plus en plus à démontrer que la berbérité émerge au Maghreb, il y a environ... 11 000 à 10 000 ans ! Si, comme nous allons le voir, l’origine proche-orientale qu’on a longuement prêtée aux Berbères est aujourd’hui caduque, celle de leur identité et de leur culture est assurément autochtone. Pour notre part, nous défendrons une position plus nuancée : les ancêtres les plus lointains des Berbères sont de pure souche africaine, mais ils sont déjà mixtes. Les uns, les Mechtoïdes, sont strictement autochtones du Maghreb ; les autres, les Protoméditerranéens Capsiens, sont arrivés sur les rives de la Méditerranée à une époque si reculée de la préhistoire que se poser la question de savoir s’ils sont étrangers ou non perd tout son sens. Ces deux groupes vont s’interpénétrer anthropologiquement et culturellement à tel point que l’on peut affirmer que la berbérité en tant qu’identité et culture s’est forgée sur la terre d’Afrique du Nord et nulle part ailleurs.


Le recouvrement de l’identité dans ses racines les plus profondes est un travail de mémoire avant d’être un devoir, un travail que l’historien se doit de mener objectivement et avec responsabilité. Faire une synthèse de cette mémoire, découvrir comment celle-ci, par certains aspects, peut continuer de fonctionner dans le présent en quelques endroits de cette vaste Berbérie, fut un exercice qui nous révéla beaucoup de surprises tant sur le terrain que plume à la main.


Dans un monde où les marchés règnent en maîtres, on oublie que la vraie richesse d’une nation se mesure à celle de son niveau de savoir, et ce savoir passe par sa mémoire. Toutefois, cette mémoire ne saurait être un "barricadement" identitaire car l’Afrique du Nord, dès sa passionnante préhistoire, était déjà une terre multi-culturelle, riche de sa diversité ethnique, comme le montre le Néolithique saharien, par exemple, où Noirs, Blancs et Métis, langue et religions diverses, se côtoyaient sans qu’il y ait guerre mondiale. Aujourd’hui, cela s’appellerait une nation.


Dans le cadre de notre travail, la réécriture de l’histoire ancienne des Berbères était inévitable : nous aborderons les raisons pour lesquelles certaines idées, certaines conceptions ainsi qu’une terminologie, anciennes et surtout orientées, ne peuvent plus avoir cours, car elles sous-tendent une approche subjective de l’histoire des peuples des rives sud de 1a Méditerranée, trop souvent sous-évaluée par rapport à celle des rives nord. La diffusion civilisationnelle systématiquement orientée du nord vers le sud, cette écriture victime d’un dialogue nord-sud historique et européo-centrique ne peuvent plus être admises. Le changement ne peut que s’inscrire dans une terminologie nouvelle, plus précise et plus juste, dans une réécriture exprimant les connaissances à travers des critères et des conceptions objectifs.


a suivre....

izorane
31/03/2004, 11h48
AZUL
IL Y A l 000 à 10 000 ANS, LES PREMIERS BERBÈRES DE L’AFRIQUE


LES FOSSILES HUMAINS


La thèse de l’origine proche-orientale des Berbères ne peut plus être admise


Comme l’a très justement souligné Olivier Dutour, médecin et anthropologue : « C’est en effet sur un nombre très réduit de fossiles humains que reposent les connaissances de l’aspect physique des populations d’Afrique septentrionale au Pléistocène* supérieur (voir glossaire), nombre qui se réduit à zéro pour le Sahara, exception faite de la vallée du Nil » (Dutour 0. 1997, p. 411). Le constat est hélas fort vrai, mais il ne doit pas nous empêcher d’exposer le peu de connaissances que nous possédons à ce sujet.


En Afrique du Nord, à la fin du Paléolithique* - plus précisément appelé Épipaléolithique* au Maghreb - puis au Néolithique* (tableau I), il existe, selon la théorie classique, deux variétés d’Homo sapiens sapiens modernes. La plus ancienne est celle des Mechtoïdes, du nom de Mechta el-Arbi, au sud-ouest de Constantine, un des deux sites nord-algériens, avec Afalou Bou Rhummel, à l’est de Béjaïa, où ce type humain a été identifié. Il est l’équivalent de l’Homme de Cro-Magnon en Europe dont il ne diffère que par quelques caractères physiques (et peut-être ne sont-ils, tous les deux, que des variétés d’une forme africaine plus ancienne). Les Mechtoïdes sont les auteurs de la culture dite « ibéromaurusienne » que l’on sait remonter aujourd’hui jusqu’à 22 000 ans BP (21 900 plus ou moins 400 ans BP à Taforalt au Maroc) (voir BP et BC à glossaire). Les populations mechtoïdes du Maghreb ont principalement vécu dans les régions du littoral et du Tell, mais leur présence est attestée plus au sud, dans les Hautes Plaines et l’Atlas saharien en Algérie, ainsi que dans le Haut et Moyen Atlas au Maroc. Le terme « ibéromaurusien », évoque des contacts entre l’Espagne et le Maghreb, comme le pensait P. Pallary qui a identifié ce faciès en 1899, mais on sait qu’il n’en est rien.